Il y a encore quelques années, le psy (qu'il soit -chologue, -chanalyste ou -chiatre) était considéré comme un être intouchable, capable de scanner et décrypter l'âme humaine d'un simple regard. Aujourd'hui les psys sont partout, à la radio, à la télé, dans la presse, on a tellement l'habitude de leur demander leur avis sur tout et n'importe quoi, pas seulement ce qui concerne leur expertise propre, qu'ils sont devenus des personnages surmédiatiques. Or, les psys restent des hommes et des femmes comme tout le monde, avec leurs problèmes de fuite d'eau, de factures à régler, de voisins bruyants, de divorce... Et pourtant, ils continuent malgré leur surmédiatisation, à fasciner les foules, lesquelles s'interrogent sur cette contradiction : comment peut-on les voir aussi souvent et n'en savoir pas plus sur eux ? Exception faite de Gérard Miller qui communique beaucoup avec son ego et l'entretient de fait !


D'où l'idée de ce livre, idée brillante qui consiste à interroger les psys sur eux-mêmes : la genèse de leur parcours professionnel, leur choix de vie, leur enfance, leur fratrie, etc. On apprend ainsi que Boris Cyrulnik avait envisagé de se tourner vers un métier lié au cinéma ou au journalisme au cas où ses études de médecine échouaient. Serge Tisseron a quant à lui été un enfant lourdement handicapé et a dû subir une longue et pénible rééducation, laquelle a certainement beaucoup influencé son choix de devenir médecin. Michèle Freud est restée juriste pendant 10 ans avant de se déciser à faire bifurquer sa carrière vers la psychanalyse, exorcisant ainsi le lourd héritage de sa filiation.


Tous ont en commun de vouer une véritable passion à leur métier, lequel requiert un investissement de longue haleine, dont il est difficile de se détacher le soir venu. Malgré une grille d'interrogations un peu prévisible, I.G. revêt à son tour le costume du psy et parvient à nous faire connaître plus intimement ces personnages à travers leur histoire : comment ont-ils choisi la décoration du bureau où ils accueillent leurs patients, comment ont-ils affronté leur premier cas, quel rôle a pu jouer leur famille dans leur choix de carrière ?


Conclusion : Beaucoup des psys interrogés ayant accepté de dévoiler quelques éléments de leurs fêlures, on peut dire que l'exercice de style est plutôt réussi. Ma note : 14/20


Pour en savoir plus :

Paru chez Albin Michel en Avril 2006

230 pages