"La photo est ressortie de ma poche ! j'ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo ! - Qui ? - Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme ! J'ai donc un père. Que dois-je faire ? Trente ans que je réponds : «Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo.» Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : «Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça.»" (Note éditeur)


J'entends déjà les commentaires pincés : Sylvie Testud, encore ? Et bien oui, je persiste... Après ses deux premiers romans, petits bijoux de spontanéité, drôlerie et autodérision, Sylvie T. nous propose une grille de lecture sur son enfance et son environnement familial avec son dernier né.


Gamines revient en effet sur ses jeunes années (je sais : il s'agit d'un roman, mais je suppose qu'elle ne m'en voudra pas d'avoir compris que la petite Sybille et la petite Sylvie ne font qu'une !), passées avec ses deux soeurs, l'une plus jeune de 2 ans , l'autre plus agée de 2 ans, élevées par leur seule mère. Autre protagoniste, le père, lequel va jouer dans l'enfance de ces trois fillettes un rôle prépondérant du fait même de son absence, puisqu'il revêt le costume du "il" : personnage fanstasmagorique et mystérieux, incarné par un portrait sur une vieille photo en noir et blanc, dérobée dans les affaires de leur mère. Un père tant et si bien ancré dans leur vie à travers son rôle de chimère, que la rencontre (toute à la fois crainte et attendue) entre les 3 soeurs et le père en chair et en os, plus de 20 ans après, en subira les conséquences.


Voici donc ici l'occasion de mieux connaître Sylvie Testud, actrice incontestablement talentueuse, moderne dans toute l'acception positive du terme. Je l'ai admirée dans tant de films et tant de registres différents : Dédales, (un rôle de tueuse schizophrène aux multiples personnalités avec lesquelles elle jongle si facilement ) ; La vie est à nous ; Filles Uniques ; Stupeur et tremblements (film adapté du roman d'Amélie Nothomb et pour lequel elle s'est plongée dans l'apprentissage du japonais pendant plusieurs mois)... Elle n'est pas seulement comédienne, elle sait tout faire, cest une "artiste", comme le disait déjà son parrain avec justesse quand elle était enfant !


De Gamines, Sylvie T. a également tiré une adaptation théâtrale, pièce jouée notamment à Nice début avril, et que je suis allée admirée. Bravo ! Une pièce interprétée par Elodie Bouchez, Aure Atika, Nathalie Beyer et Albert Delpy (qui joue notamment la mère, surprenant !) et que je recommande à tous ceux qui aiment les pièces contemporaines un peu décalées.


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Un petit mot au cas où :

Ma Reine Sylvie,
Non, je ne vous dirai pas que je suis votre "plus grande fan" au risque de vous faire penser à Annie Wilkes dans Misery, ce qui ne serait pas opportun... Je me contenterai donc de vous saluer humblement et de vous offrir la garantie de l'impatience de mon regard assidu sur vos prochaines oeuvres, qu'elles soient écrites ou visuelles. Une admiratrice qui fait du prosélytisme testudien.


Pour en savoir plus :

Roman paru chez Fayard / Août 2006

Pièce parue dans la Petite Collection aux Editions mille et une nuits / Février 2007