Qui est donc l'Américain ? Ce personnage prend vie dans le texte au printemps 1868, et naît de l'imagination de son créateur - Henry James - à peu près à la même époque, puisque le roman est publié en 1977 juste après un séjour à Paris, certes pas son premier séjour en Europe ni en France, mais celui qui lui permet de construire la genèse du parcours de son héros.


L'histoire commence au Louvre. On y découvre Christopher Newman, un américain d'une petite quarantaire d'années, venu en ce lieu découvrir une facette du monde de l'art pictural, qu'il avait jusqu'à présent ignorée au profit de son activité professionnelle. Devenu riche dans son pays, il a effectivement décidé de tout lâcher pour voyager et découvrir le monde. Néophyte en matière d'art mais avide d'apprendre, Newman va rencontrer trois personnages dans le musée. D'une part, une jeune copiste apparemment talentueuse, Mlle Nioche, qui est en train de faire une reproduction d'une toile célèbre. La façon dont notre ami l'abordera en dira long sur la suite du roman, puisque la première chose qu'il lui dit est "combien ?" ; une approche particulière non dénuée de prescience, pour cet esthète maladroit qui bien sûr, veut simplement s'enquérir du prix de la toile sur laquelle le jeune fille travaille. Un autre personnage lui sera présenté, M. Nioche le père de la jeune fille, qui trouvera en Newman une oreille attentive. Enfin, Newman va rencontrer Tristram, un compatriote qu'il n'a pas vu depuis longtemps, installé en France depuis maintenant 6 ans et dont l'épouse lui présentera Mme de Cintré, jeuve veuve issue d'une famille aristocrate et personnage central dans le roman, puisque Newman n'aura de cesse de vouloir l'épouser.


Pourvu donc d'une fortune personnelle, Newman veut maintenant se construire autrement : par sa quête de l'art, d'une part, dont il veut se nourrir intellectuellement, et d'autre part, sa recherche d'une épouse. Loyal, intelligent, fin et d'une grande détermination, notre héros va chercher à asseoir sa réussite en y apportant le bonheur personnel dont il a besoin pour être pleinement heureux, motif de sa rencontre avec la famille de Bellegarde, la mère et les deux frères de Claire, celle qu'il a choisie pour devenir son épouse car elle répond en tous points à son idéal féminin. Chaque personnage joue un rôle déterminant dans cette course à l'intégration dans cette famille. Pourtant notre héros va découvrir que la distance entre un riche américain et le monde de la noblesse française est bien plus importante qu'il ne l'avait imaginée au départ. Ses rêves d'installation dans cette ville mythique en seront réduits à néant et le laisseront broyé et écoeuré de tout.


Conclusion : Un face à face entre l'aristocratie française dans son acception mondaine, froide et dédaigneuse et une figure de la réussite américaine, un combat inégal et perdu d'avance. Ma note : 15/20.


Pour en savoir plus :

Paru aux éditions Liana Levi / Mars 1994

430 pages