Depuis neuf longues années, Dick Muller frappé d'une terrible malédiction contractée lors de sa dernière mission, a quitté la Terre pour trouver refuge sur Lemnos, une planète-labyrinthe apparemment désertée de tous êtres d'intelligence supérieure depuis des milliers de siècles. Ses seuls habitants y sont les animaux et les innombrables pièges qui la parsèment. Ceux-ci incarnent la vigilance de la planète pour interdire toute intrusion étrangère. D'ailleurs, si la planète procède consciencieusement à son auto-nettoyage par divers mécanismes connus d'elle seule, elle choisit de laisser tels quels les multiples cadavres qui la jonchent, comme autant de prises de guerre censées mettre en garde ceux qui s'y risqueraient à nouveau. Pourtant, Muller a su déjouer ces pièges mortels et vit aujourd'hui au coeur du labyrinthe. Son quotidien, hormis la chasse qui lui permet d'entretenir ses rations de nourriture, consiste à étudier le mode de fonctionnement de son énigmatique résidence.


Constitué des huit zones A à H du centre vers la périphérie, le labyrinthe fait environ une trentaine de kilomètres de diamètre. Au delà, d'immenses anneaux de pierre le bordent en guise de premier avertissement aux intrus. Pourtant, Charles Boardman, commandant en chef du vaisseau - ayant bien connu Muller du temps où ils travaillaient ensemble - et son équipage sont bien décidés à traverser cette collection de pièges, sorte de souricière géante, pour le seul homme qu'ils considèrent capable de sauver la terre, l'ancien soldat Dick Muller. Pour ce faire, Charles Boardman a choisi pour acolyte Ned Rawlings, fils de Richard Rawlings, un ancien ami de Muller, pour amener ce dernier à sortir de sa cachette. Association très complémentaire formée par ces deux hommes que tout oppose : Boardman incarnant le chef sérieux, expérimenté et inflexible, fin calculateur, au physique lourd et autoritaire, face au jeune et enthousiaste Rawlings, dont l'innocence n'a d'égal que le respect et la terreur que lui inspirent cet imposant supérieur. Boardman met donc au point un scénario pour manipuler Muller au travers de Rawlings et parvenir à ses fins, mettre un terme à la retraite isolée de Muller pour qu'il serve à nouveau sa patrie et ce de gré ou de force, quel qu'en soit le nombre de vies à sacrifier.


Une étrange malédiction qui pousse à homme à tout quitter, une planète fascinante par son autonomie et sa cruauté, des protagonistes fins stratèges et d'autres sous influence, Robert Silverberg construit son histoire par petites touches, sans artifice ou excès d'action, révélant ainsi son univers SF très singulier, empreint d'émotion et de questionnement.


Conclusion : Un roman au rythme mesuré dont la force naît du mélange entre imagination et pragmatisme, à travers des personnages nuancés. Un roman psychologique en forme d'hyperbole de notre vie quotidienne, la recherche du pouvoir et de la reconnaissance d'autrui, la frontière entre le libre-arbitre et l'influence, les obstacles qui nous contraignent et nous confinent dans un espace limité, les sentiments contradictoires que nous inspirent notre communauté selon qu'elle nous adule ou nous rejette. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru aux éditions J'ai lu SF / Octobre 1973 réédition Juillet 2007

307 pages