L'homme dans le labyrinthe par Robert SILVERBERG
Par Valérie le dimanche 14 octobre 2007, 11:54 - Science-fiction - Lien permanent

"Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trompeurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d'une ville, sinon avec la situation qui l'avait conduit à y chercher refuge. Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d'une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l'y rejoindre par la suite avaient été massacrés. Aujourd'hui, Ned Rawlins a reçu l'ordre de ramener Muller sur la terre, sa planète natale. Qui, neuf ans auparavant, l'a impitoyablement chassé..." (Note Editeur)
Depuis neuf longues années, Dick Muller frappé d'une terrible malédiction contractée lors de sa dernière mission, a quitté la Terre pour trouver refuge sur Lemnos, une planète-labyrinthe apparemment désertée de tous êtres d'intelligence supérieure depuis des milliers de siècles. Ses seuls habitants y sont les animaux et les innombrables pièges qui la parsèment. Ceux-ci incarnent la vigilance de la planète pour interdire toute intrusion étrangère. D'ailleurs, si la planète procède consciencieusement à son auto-nettoyage par divers mécanismes connus d'elle seule, elle choisit de laisser tels quels les multiples cadavres qui la jonchent, comme autant de prises de guerre censées mettre en garde ceux qui s'y risqueraient à nouveau. Pourtant, Muller a su déjouer ces pièges mortels et vit aujourd'hui au coeur du labyrinthe. Son quotidien, hormis la chasse qui lui permet d'entretenir ses rations de nourriture, consiste à étudier le mode de fonctionnement de son énigmatique résidence.
Constitué des huit zones A à H du centre vers la périphérie, le labyrinthe fait environ une trentaine de kilomètres de diamètre. Au delà, d'immenses anneaux de pierre le bordent en guise de premier avertissement aux intrus. Pourtant, Charles Boardman, commandant en chef du vaisseau - ayant bien connu Muller du temps où ils travaillaient ensemble - et son équipage sont bien décidés à traverser cette collection de pièges, sorte de souricière géante, pour le seul homme qu'ils considèrent capable de sauver la terre, l'ancien soldat Dick Muller. Pour ce faire, Charles Boardman a choisi pour acolyte Ned Rawlings, fils de Richard Rawlings, un ancien ami de Muller, pour amener ce dernier à sortir de sa cachette. Association très complémentaire formée par ces deux hommes que tout oppose : Boardman incarnant le chef sérieux, expérimenté et inflexible, fin calculateur, au physique lourd et autoritaire, face au jeune et enthousiaste Rawlings, dont l'innocence n'a d'égal que le respect et la terreur que lui inspirent cet imposant supérieur. Boardman met donc au point un scénario pour manipuler Muller au travers de Rawlings et parvenir à ses fins, mettre un terme à la retraite isolée de Muller pour qu'il serve à nouveau sa patrie et ce de gré ou de force, quel qu'en soit le nombre de vies à sacrifier.
Une étrange malédiction qui pousse à homme à tout quitter, une planète fascinante par son autonomie et sa cruauté, des protagonistes fins stratèges et d'autres sous influence, Robert Silverberg construit son histoire par petites touches, sans artifice ou excès d'action, révélant ainsi son univers SF très singulier, empreint d'émotion et de questionnement.
Conclusion : Un roman au rythme mesuré dont la force naît du mélange entre imagination et pragmatisme, à travers des personnages nuancés. Un roman psychologique en forme d'hyperbole de notre vie quotidienne, la recherche du pouvoir et de la reconnaissance d'autrui, la frontière entre le libre-arbitre et l'influence, les obstacles qui nous contraignent et nous confinent dans un espace limité, les sentiments contradictoires que nous inspirent notre communauté selon qu'elle nous adule ou nous rejette. Ma note : 16/20.
Pour en savoir plus :
Paru aux éditions J'ai lu SF / Octobre 1973 réédition Juillet 2007
307 pages

Commentaires
Ton résumé me fait penser au film Cube dans lequel un groupe de personnes était enfermé dans un cube recelant de multiples pièges. C'est un sujet très intéressant et d'une grande dimension psychologique. Merci pour ton article qui m'a donné envie de lire ce livre.
Film que j'ai vu en salle sans en connaître le sujet et qui m'a profondément marquée !! La comparaison entre ce bouquin et ce film est intéressante, surtout dans cette interrogation qui subsiste sur l'origine des pièges... Notons cependant que Silverberg a écrit son roman en 1968 et qu'il met en scène un personnage volontaire dans le calvaire du labyrinthe, pour en fuir un autre, celui de son rejet par les humains. Dans le film Cube, les personnages sont là sans en comprendre la raison et ignorent même la présence de pièges, au départ du moins !!
J'ai beaucoup aimé ton résumé. Moi aussi j'ai eu cette impression de parallêle avec Cube. Comme je n'ai ni lu ce livre ni vu le film, je vais me faire un plaisir de faire les deux sous peu. Existe t'il un autre livre dans la même veine? (Labyrinthe, mission de sauvetage, SF)
Merci Arthémius ! Dans mes souvenirs, je n'ai pas trouvé beaucoup de livres traitant du sujet du labyrinthe hormis le thème mythologique du minotaure avec Dédale, Ariane et Thésée. Sur le sujet il existe la Trilogie du Minotaure de Thomas Burnett Swann, en Fantasy, mais ne l'ayant pas lue je ne sais pas ce qu'elle vaut. Dans les romans récents j'ai lu Labyrinthe de Kate Mosse qui utilise plutôt le concept imagé de labyrinthe pour illustrer son propos. En plus je ne l'ai pas beaucoup aimé pour tout te dire... La question reste donc ouverte : ceux qui ont lu ou entendu parlé d'un bouquin traitant du thème du labyrinthe, n'hésitez pas à nous en faire part !
Après Le grand silence, résurrections, les déserteurs temporels et les déportés du Cambrien, Robert Silverberg m'a dégoûté de ces bouquins que j'ai trouvés d'une lenteur exaspérante.
Voici ma conclusion pour les déserteurs temporels : 'Cela fait quelques fois que je suis déçu par un roman de Silverberg, comme 'Les déportés du Cambrien' ou 'Résurrections'. 'Le grand silence' ne m'avait pas trop dérangé malgré sa fin en queue de poisson. Heureusement, je n'en ai plus dans ma bibliothèque et je crois que je m'abstiendrai à l'avenir de tout Silverberg, sauf si on me recommande LA perle rare. Néanmoins, le texte est bien écrit (ça sauve quand même les meubles)'.
Alors, LA perle ? ;)
@Arthemius Fardwulf et Valérie,
Diamonds Dogs est une très bonne nouvelle parlant d'une structure extraterrestre - la Flèche - dans laquelle on avance pièce par pièce en résolvant des énigmes mortelles et aux travers de transformations de son corps - voire mutilations -. Elle a été écrite par l'excellent Alastair Reynolds dans le cadre de son cycle des Inhibiteurs, mais elle peut être lue indépendamment (même si je conseille le cycle, un pur chef d'oeuvre de l'hard science / space opera).
Bonsoir Valérie,
Je rentre de vacances et viens de découvrir le SWAP que tu m'as envoyé : MERCI !!!! Merci beaucoup ! Tout est extra. J'ai été gâtée. Je repars demain pour le réveillon à Paris, mais cette semaine, je mets les photos sur mon blog de ton colis. Ces chocolats sous formes d'olives, je les adore, cette tasse est tout simplement magnifique, les marque-pages sont mignons, et tu m'as vraiment gâtée avec ces 4 romans ! J'ai déjà les 2 tomes de "L'Echiquier du mal", mais je ne demandais qu'à lire "Martiens go home" depuis longtemps, et le 4e, qui m'est totalement inconnu, me paraît bien alléchant. Cela m'a également permis de connaître ton blog, je l'avoue, et non seulement je le trouve très esthétique, mais surtout tes lectures m'intéressent aussi. Petite coïncidence : tu m'envoies deux cartes postales du lieu où tu habites, et où je me trouvais pas plus tard qu'hier, (déjeunant d'ailleurs à la zucca magica) puisque mes parents habitent la région...
A bientôt, et merci encore,
Essel
Et bien la zucca magica est à deux pas de chez moi !! En tout cas très contente de t'avoir gâtée, c'était mon premier swapp et j'ai essayé de faire un colis tel que j'aurais aimé recevoir, quelque chose d'éclectique et de plaisant, la douceur des olives de Nice en plus ! Bises de la côte d'azur. PS j'ai visité ton blog et y retournerai bien volontiers pour échanger avec toi des idées lecture...