Muriel Barbery nous plonge dans l'univers d'un immeuble bourgeois situé au 7 rue de Grenelle à travers le portrait ciselé d'une galerie de personnages aussi pittoresque que drôle. La narration est partagée par les deux principales protagonistes : Renée qui occupe la fonction de concierge dans cette résidence et Paloma,12 ans, qui y habite.


La première fait figure d'exception dans ce cadre huppé et petit bourgeois par son érudition et son esprit particulièrement brillant qu'elle dissimule sous une apparence dont elle cultive savamment l'indigence ! Férue de cinéma japonais, lectrice assidue des oeuvres de Proust et de Tolstoï, fervente amatrice de grande musique et de peinture hollandaise du XVIIème siècle, capable de disserter philosophie préférant l'idéalisme Kantien à la phénoménologie d'Husserl qu'elle qualifie d'"escroquerie", Renée Michel n'est pas une concierge orthodoxe même si elle en a tout l'air. Elle entretient cette image de pauvre femme inculte et revêche car elle se doit de se tenir à sa place afin de respecter le jeu des hiérarchies sociales.


La seconde, gamine surdouée dotée d'un regard d'une confondante lucidité, emplie de désillusions, rejette le monde des adultes et surtout son environnement familial qu'elle juge consternant tant il est superficiel et hypocrite. Elle a d'ailleurs décidé de mettre fin à sa courte existence et par la même occasion de détruire l'appartement de 400 m² -surface qu'elle juge indécente pour une famille de 4 personnes quand d'autres n'ont pas de logement du tout, qui la blâmerait ?- dans une mise en scène incendiaire aussi lyrique que revendicative afin de donner à ses nantis de parents la leçon qu'ils méritent. Avant son départ, programmé le jour de ses 13 ans, Paloma couche sur papier ses pensées profondes, sorte de journal intime métaphysique et féroce écrit sur le ton de la dérision où se reflète l'ampleur de sa maturité et de son désespoir.


Parmi les autres protagonistes, outre les chats et les camélias, se trouvent les pontifiants, les snobs prétentieux et exaspérés, les exceptions aimables et les suspicieux, autour desquels Renée et Paloma vont se rencontrer et voir leur perception de la vie bouleversée.


Conclusion : Une galerie de portraits magnifiquement modelés, une trame enlevée et savoureuse, une plume qui excelle grâce à une maîtrise du verbe très efficace. Ma note : 18/20.


Pour en savoir plus :

Paru aux éditions Gallimard / Août 2006

356 pages

2ème roman de Muriel Barbéry, L'élégance du hérisson a obtenu le Prix Georges Brassens 2006, le prix Vivre Livre des Lecteurs de Val d'Isère 2007, le Prix Rotary 2007, le Prix des libraires 2007, le Prix de l'Armitière (Rouen) ainsi que le Prix "Au fil de mars" (Source Wikipédia).