Dédié à son fils autiste, Elizabeth Moon nous livre ici un roman de science fiction bouleversant tant il parle vrai. En le lisant je n'ai pu m'empêcher de repenser au magnifique roman Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes tant le parallèle est facile à faire entre cette histoire d'autiste à qui l'on propose un traitement révolutionnaire pour le guérir et celle de Charlie Gordon qui va passer de simple d'esprit à surdoué grâce à une expérience scientifique. Mais si le roman de Keyes fait la part belle à l'aspect expérimental et son corollaire le plus abject, la fascinante ascension d'un être humain puis son irrémédiable détérioration vers un état quasi végétatif, celui de Moon est beaucoup plus axé sur la personnalité originelle de son protagoniste, son quotidien, son mode de pensée, ses talents mais aussi ses limites. Sous couvert d'une histoire de science fiction, c'est surtout un témoignage sur le trouble autistique que nous propose l'auteur à travers l'histoire de son narrateur Lou Arrendale.


Lou est un homme qui travaille, conduit, écoute de la musique classique, se passionne pour les étoiles et pratique l'escrime. Rien dans son apparence ne laisse entrevoir qu'il est différent. Et pourtant. Suivant une routine parfaitement définie, Lou n'aime pas déroger à ses habitudes : courses le mardi, escrime le mercredi, lessive le vendredi, église le dimanche. Il gare sa voiture toujours au même endroit et à la pizzéria il ne supporte pas d'avoir une autre table que celle occupée habituellement. Dans son entreprise, une salle de gymnastique est mise à disposition avec un trampoline pour lui permettre de relâcher la pression. Dans son bureau, des tourniquets et des spirales l'aident à se concentrer. Tout changement dans ses habitudes le met dans un état de tension extrême. Ses relations aux autres sont limitées, il parle avec une relative facilité avec les gens qu'il connaît mais a du mal à comprendre les métaphores ou les conversations imagées. Il peut d'ailleurs rester fixé longtemps sur une phrase, la décomposant longuement pour en comprendre le sens caché. Devant une personne agressive, il se ferme comme une huître. Incapable de mauvais sentiments pour autrui il n'envisage pas autre chose que la réciproque. Même quand l'un de ses « amis » va crever ses 4 pneus, bousiller son pare brise, placer un explosif dans sa voiture ou le menacer avec une arme, Lou a dû mal à comprendre qu'on puisse lui en vouloir, le détester ou l'envier. Pourtant Lou n'est pas simple d'esprit, il est même très intelligent, sauf pour ce qui a trait à l'affectif, à la communication verbale ou gestuelle.


Assez proche du personnage de Dustin Hoffman dans Rain Man, Lou Arrendale est quelqu'un de très attachant, confronté à ce qu'il redoute le plus au monde, le changement. En acceptant de suivre le traitement qui pourrait le guérir, Lou fait le pari de devenir un être humain normal, au risque de perdre tous ses repères, tout ses acquis, toute sa personnalité. Tout ce qui fait de lui Lou Arrendale. Ayant construit sa vie d'adulte, avec, à cause et autour de son autisme, le choix de Lou en faveur de la guérison de sa maladie ne revient-il pas à l'altération même de son identité ?


Conclusion : Un très beau roman autour d'un personnage saisissant d'authenticité et au courage exemplaire. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Folio SF / Février 2009

568 pages

Le site de l'auteur Elizabeth Moon