A 14 ans, Mathieu Durey scelle une indéfectible amitié avec Luc Soubeyras sur les bancs de l'école catholique Saint-Michel-de-Sèze. Hormis leur âge, ils ont en commun une allure élancée, un nom d'apôtre et cette foi en dieu inébranlable qui les réunit. Après un passage par le séminaire, les deux comparses bien que perdus de vue, vont parcourir un cheminement similaire pour finalement choisir la voie de la police, celle qui leur permettra de combattre le Mal dans son acception première, celui du quotidien, celui de la rue. Quand Mathieu apprend que son ami de toujours a fait une tentative de suicide et se trouve dans le coma, il reste persuadé que l'affaire sur laquelle Luc enquêtait au moment de son geste fou, détient la clef de sa délivrance. Il se lance alors dans une quête effrénée de la vérité, sur les pas de son ami, déterminé à prouver que ce suicide n'en est pas un.


L'enquête de Mathieu, sur les traces de celle de Luc, va donc nous mener à travers l'Europe, à découvrir une série de crimes relevant de la plus pure abomination, à la mise en scène horrifiante, laissant supposer les souffrances ignobles infligées aux victimes, dessinant le portrait d'un tueur aux multiples casquettes féru des tortures les plus barbares : à la fois expert en botanique, en entomologie, en chimie et en médecine légale. Un tueur qui pourrait bien être l'incarnation du diable en personne...


Très inspiré du roman d'Umberto Eco, Le nom de la rose, Grangé nous plonge dans une enquête parsemée de rebondissements, mêlant croyances divines et diaboliques, esprit cartésien et surnaturel. Son héros, le personnage de Mathieu, ne ressemble pourtant pas beaucoup, de mon point de vue, au charismatique Guillaume de Baskerville, car malgré une évidente force de caractère, on a l'impression qu'il reste toujours le suiveur de Luc, que ce soit dans son apprentissage de la vie, son activité au Rwanda, sa décision d'intégrer l'école de police, ou dans son enquête actuelle. Il est toujours quelques pas derrière Luc, celui-ci arborant ainsi malgré le coma dans lequel il se trouve, le costume du protagoniste principal, plus complexe, plus mystérieux, plus ambivalent. Incontestablement, c'est Luc, bien qu'absent, le vrai meneur de l'enquête.


L'atmosphère de ce polar est également très loin de celle du chef-d'œuvre d'Eco, celle proposée par Grangé me paraissant franchement folklorique par moment, enchaînant les clichés du genre, un parti pris de l'auteur à vouloir intégrer la religion à l'enquête de police dans tout ce que cela peut avoir de manichéen et de stéréotypé. En outre, le narrateur-enquêteur se fourvoie en pistes inutiles, délaissant des éléments de l'enquête au profit d'autres, passant à côté de l'évidence, celle-là même sur laquelle se base le dénouement.


Conclusion : Après le Vol des Cigognes, le meilleur roman noir que j'ai pu lire de cet auteur, Le Serment des limbes fait figure de polar divertissant avec un suspense bien maîtrisé. Cependant, l'intrigue pêche par son manque de crédibilité, ses fausses pistes à répétition et son dénouement trop prévisible. L'ensemble ne m'a pas réellement convaincue. Ma note : 13/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez LDP / Février 2009

762 pages

Découvrir l'univers de cet auteur et ses dernières parutions, c'est ici.