Tout le monde connait cette phrase de Nietzsche « ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ». Pourtant, le dernier roman de Stephen King pourrait illustrer l'exact inverse, « ce qui nous rend plus fort est bien capable de nous tuer», car dans le cas de son personnage principal Edgar Freemantle, ça pourrait.


Après un accident de chantier, Freemantle n'est plus que l'ombre de lui-même. Meurtri dans sa chair : côtes cassées, hanche et jambe abîmées, bras amputé, atteint de troubles du langage qui lui font dire n'importe quoi, cet entrepreneur du bâtiment à la réussite jusque-là insolente, découvre avec horreur l'étendue du désastre : sa vie est foutue. Anéanti et fou de douleur, une rage incontrôlable l'habite et son entourage subit de plus en plus ses crises de colère et de frustration. D'ailleurs, son épouse, Pam, décide de le quitter après l'une de ses crises : il aurait tenter de la tuer. Bien décidé à se supprimer, Edgar quitte tout pour s'installer à Duma Key, une île floridienne aux allures paradisiaques, dans une immense baraque rose qu'il surnomme Big Pink. Mais l'inimaginable va se produire : non seulement ses idées suicidaires vont s'envoler en même temps que son corps se rétablir peu à peu, mais en plus il va se découvrir une soif insouçonnée et des aptitudes pour le dessin et la peinture hors du commun, pour ne pas dire géniales... Hyper productif, le PDG en travaux publics se transforme en artiste majeur dont les oeuvres vont titiller les hautes sphères du monde artistique. Mais ce qu'il ne sait pas encore, c'est que ses oeuvres ne sont pas justes « fascinantes », elles sont -hélas pour lui et pour ses proches- beaucoup plus que cela...


Stephen King ne déroge pas à la règle avec Duma Key : une atmosphère singulière, mêlant l'intime et le surnaturel, des personnages qui nous deviennent proches en un quart de seconde, une écriture délicieusement fluide, un imaginaire qui nous touche profondément, des dizaines de références parmi lesquelles Dali ou Oscar Wilde, King a trouvé la recette magique pour entretenir ses millions de fidèles lecteurs. Encore une fois, l'univers du King m'a embarquée et malgré ce qu'a pu dire cette cinglée d'Annie Wilkes, sa plus grande fan, c'est MOI !


Conclusion : Un très bon cru malgré un dénouement assez mastertonien (comprendre folklorique ou capillotracté) mais on s'en fout un peu car on retrouve le King de Bazaar ou de la Tour sombre, l'estropié du Maine, le miraculé d'un autre accident, celui qui fait trembler nos nuits et nous habite en nous faisant susurrer (nous, les convertis) « tout est lié, TOUT est lié !! ». Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Albin Michel / Avril 2009

643 pages

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