Né de la communauté forcée entre une tribu Cheyenne et un groupe de colons écossais, Loneliville instaure rapidement des règles de vie afin de rendre la cohabitation possible. Pour Petite Plume, fruit de cette cohabitation hétérogène sur plusieurs générations, la vie se résume à quelque chose de simple : un attachement au syncrétisme spirituel mêlant croyances européennes et indiennes, une scolarité limitée à la lecture de la République de Platon et la Bible, seuls ouvrages existants, des préceptes de vie respectant la nature et faisant la part belle aux rituels ancestraux appartenant aux deux cultures, celle des indiens et celle des écossais. Une vie contrainte à l'autarcie, certes, mais non dénuée de l'essentiel, voilà le message de l'auteur. La référence à Platon n'est d'ailleurs pas anodine, l'allégorie de la caverne prenant tout son sens dans cette communauté retranchée.


Petit garçon sérieux accompagné de son chaton noir aux yeux perçants prénommé Tigre, Petite Plume perd sa famille quand son village disparait, détruit par une bombe égarée par les américains. Pour Petite Plume qui se retrouve seul, unique survivant de sa communauté disparue, la survie dans la forêt n'est pas un problème, puisqu'il a appris à chasser dès son plus jeune âge. Recueilli dans une petite ville, il découvre un univers, une culture et un mode de vie qu'il ignorait totalement. Mais contre toute attente, Petite Plume ne s'intéresse pas plus à la télévision qu'à tout ce qui constitue le monde dit « civilisé ». A l'inverse, le monde civilisé va redécouvrir à travers cet enfant singulier, la valeur de la terre et le respect des autres, un cheminement spirituel vers un paganisme primaire, culte de la Nature.


On notera également les touches humoristiques qui émaillent ce récit, notamment le sérieux de l'enfant qui assène des vérités en décalage complet avec son environnement et son emploi irrésistible de l'accent écossais, entre autres éléments qui donnent à ce texte une remarquable fraîcheur.


Conclusion : Joli conte philosophique à la croisée des chemins entre le Petit Prince et Candide, Petite Plume est un ouvrage trompeur, beaucoup plus profond que ne laisse à penser la légèreté apparente de son propos. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Pocket / Mai 2004

220 pages