Après M. Vertigo ou Leviathan, le magistral Paul Auster nous délivre avec La nuit de l'oracle une histoire singulière, décalée et puissante où les profils psychologiques ont la part belle. Une palette de personnages qui tissent des liens entre eux, pas toujours simples ! Ainsi, cet écrivain convalescent qui découvre au gré d'une de ses promenades quotidiennes, une papeterie récemment ouverte et tenue par un chinois haut en couleurs. L'occasion pour lui de s'approvisionner en fournitures et se remettre à travailler. Il fait alors l'acquisition d'un carnet bleu au format particulier, auquel il prête le pouvoir de réamorcer son inspiration perdue.


L'inspiration ainsi retrouvée notre jeune écrivain se trouve littéralement happé par le besoin d'écrire. Et nous voilà plongés dans son roman, histoire de fiction imbriquée dans la réalité, transférant son épouse ô combien idéalisée, de l'un à l'autre. Une femme dont il est éperdument amoureux au point d'en ignorer des pans entiers de son histoire, et découvrir petit à petit qui elle est réellement notamment grâce à son travail d'écriture.


J'ai personnellement beaucoup apprécié le traitement subtil des personnages tant ils sont névrosés, imparfaits et torturés. Le style austérien tout en fluidité donne au récit un sentiment d'intimité et d'empathie pour le protagoniste principal Sidney Orr. La construction du roman joue aussi beaucoup car elle s'agence sur plusieurs niveaux : le premier - la réalité du narrateur, sa maladie, son adoration pour sa femme, son projet d'écriture, ses promenades quotidiennes dans New York - ; le second - roman du narrateur dont on suit la rédaction en temps réel - et le troisième - sous-récit du récit, un autre roman dans le roman ! Des strates qui confèrent au roman un effet de relief et ajoutent à sa complexité et à la densité de l'histoire : passionnant !


Conclusion : Du grand Auster. Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Babel / Janvier 2006

236 pages