Je viens de terminer les 2387 pages qui composent cette immense fresque historique en deux parties, Les piliers de la terre publiés en 1989 et sa suite quelques 18 années plus tard : Un monde sans fin. Ces deux romans d'une densité hors du commun, nous plongent dans l'univers glauque et fascinant du Moyen-Age. Petit retour sur le premier roman.


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Les piliers de la terre raconte l'emprise de l'église dans une Angleterre du XIIeme siècle déchirée par des guerres incessantes, et l'ascension chaotique d'une famille de bâtisseurs de cathédrale. On y rencontre Tom, passionné et déterminé à construire sa cathédrale, Helen sa compagne, dont on dit qu'elle est une sorcière, et son jeune garçon Jack. Plus tard, on verra également Aliéna, fille d'un comte déchu et qui réussira à sortir de la misère par sa seule volonté.


Au fil des pages on voit tous ces personnages évoluer dans un monde médiéval d'une grande cruauté et tout tenter pour avoir une vie meilleure, pouvoir se nourrir à sa faim, travailler sans compter, être là pour ses proches, se battre pour un monde plus juste. L'intrigue de ce premier roman repose sur une longue période de guerre de pouvoirs où se jouent les ambitions de hauts personnages notamment d'hommes d'église maniant plus facilement la corruption que la prière. La réussite de ce roman tient surtout à cette impression de réalisme tout à fait fascinant qui émane de l'extraordinaire travail d'historien de son auteur.


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Oeuvre titanesque, le second roman s'avère tout aussi dense que le précédent mais souffre d'un effet de calque entre les intrigues et les protagonistes principaux. La trame se déroule deux siècles plus tard avec les descendants de Jack, Aliéna et Tom. Si les raisons diffèrent, les guerres continuent toujours, mais cette fois elles sortent des frontières de l'Angleterre et traversent une partie de l'Europe. Les personnages de cette fresque historique ressemblent eux aussi à ceux du premier opus : on retrouve le surdoué qui conçoit et construit des bâtiments, comme son ancêtre Jack dont il est le reflet physique, Merthin possède une même volonté d'acier, un même désir de se surpasser dans l'édification de ses ouvrages. Son âme soeur, la belle Caris, est aussi à l'image d'Aliéna, c'est une personnalité volontaire, qui ose s'affirmer avec force et courage dans ce monde d'homme. Quant à Ralph, le portrait le plus noir de ce récit, il possède une soif de sang et de pouvoir qui nous rappelle incontestablement le personnage de William. On retrouve également deux frères que tout oppose, et qui vont même jusqu'à partager la même femme, tiens tiens comme dans le premier roman...


La véritable nouveauté entre les deux opus réside principalement dans l'arrivée de la Peste noire qui ravage l'Europe de part en part et laisse les survivants hébétés par la famine et l'horreur. Cette épidémie permet aux personnages de révéler leur nature profonde, d'un façon manichéenne certes, mais assez réaliste : d'un côté ceux qui se battent contre cette maladie avec courage et abnégation et de l'autre ceux qui fuient pour sauver leur peau. On découvre alors une héroïne qui déploie une énergie folle pour mettre en place rigueur et bon sens au service des balbutiements de la médecine. On comprend d'ailleurs sa frustration quand on la voit plaider pour une hygiène renforcée alors que les « docteurs » de l'époque continuent de préconiser des cataplasmes à base d'excréments !


Conclusion : Entre fresque historique et épopée romanesque sur fonds de guerre et de peste noire Un monde sans fin réunit tous les ingrédients du roman d'aventure à suspense, une fois commencé on ne peut plus s'arrêter ! Ma note: 16/20. (J'avais mis 17/20 aux Piliers de la terre lors de ma première lecture il y a une dizaine d'année, je reste sur mon opinion d'alors, je mets une note moindre à cette suite pour les raisons évoquées précédemment).


Pour en savoir plus :

Paru aux éditions Livre de Poche / Janvier 2010

1337 pages

Site officiel de Ken Follett où l'on peut découvrir la page de garde de ce roman en plusieurs langues ainsi qu'une galerie de photos de l'auteur pendant sa tournée promotionnelle.

Photo prise à Vitoria en Espagne