Si cette quatrième de couverture vous tente comme elle m'a tentée, méfiez-vous, vous risquez bien d'être également déçus. Car si l'intrigue de ce polar repose sur la descente aux enfers d'un brave gars aisé et sans histoire qui va se retrouver en quelques heures dénué de tout, sans abri, sans rien, jusque là on est curieux ; les événements qui vont faire basculer sa vie vont vous paraître aussi bien qu 'à moi complètement stupides. Qui d'entre nous, découvrant un homme poignardé, baignant dans son sang, accepterait bien gentiment de retirer le couteau, parce que le moribond le lui demanderait ? Prendrait-on la fuite en laissant le couteau avec ses empreintes partout, alors que le malheureux vient de mourir, et que l'on a laissé son nom sur le registre du concierge ?


Certes, le pauvre gars est en état de choc, il n'a pas l'habitude du sang, du crime, des couteaux. Mais quand même, je trouve le postulat de départ bien maigre, surtout à une époque où tout le monde a déjà vu un film, une série ou un documentaire sur les méthodes actuelles de la police scientifique. N'importe qui ayant accumulé autant de boulettes sur une scène de crime, irait à la police expliquer le déroulement fâcheux des événements. Notre héros, Adam Kindred préfère aller à son hôtel, adresse pourtant connue du meurtrier et de la police, accentuant un peu plus l'incrédulité du lecteur. La suite est du même ordre et sans surprise, la fin décevante.


Vraiment dommage, notamment de la part de Willian Boyd, romancier britannique qui nous a habitué à beaucoup mieux (La vie aux aguets, A livre ouvert, ou Comme neige au soleil). L'histoire se lit facilement et malgré la description d'un Londres glauque, dangereux à l'atmosphère pesante, tout le reste manque de vraisemblance et hélas, d'ambition. A commencer par le titre et la profession de Kindred, climatologue, on peine à voir la subtilité de la métaphore tant le roman lui-même en est dépourvu. On s'interroge sur la cohérence du personnage principal entre le début du roman où il apparaît comme un parfait crétin et la suite où il se révèle un stratège hors pair quand il s'agit devenir invisible, doublé d'un enquêteur bien meilleur que les professionnels. Quant à l'intrigue sur la mise sur le marché de médicaments miracle sur l'asthme, et qui en réalité tue des patients, on aurait aimé que l'auteur aille au bout de sa démarche. Au lieu de ça, on ne voit émerger que la partie "complot" et une floppée de personnages sans scrupules qui ne pensent qu'à s'enrichir.


Conclusion : Un thriller qui part pourtant d'une idée intéressante - la désocialisation progressive d'un homme, jusqu'à sa totale exclusion de la société - mais qui pèche par son manque d'aboutissement et son manichéisme primaire. Ma note : 12/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Seuil / Avril 2010

476 pages

Site officiel de William Boyd