Et Nietzsche a pleuré par Irvin D. YALOM
Par Valérie le vendredi 11 mars 2011, 12:29 - Roman - Lien permanent

"Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l’échec de leur ménage à trois avec Paul Rée. Friedrich Nietzsche ou le désespoir d’un philosophe. Le Dr Breuer, l’un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d’échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l’élève ? Qui soigne qui ? Et c’est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique, que nous convie Irvin Yalom." (Note éditeur)
Depuis que j'ai découvert Irvin D. Yalom, avec son fabuleux roman Mensonges sur le divan, j'étais très impatiente d'en lire un autre afin de déterminer s'il s'agissait bien d'un auteur hors du commun. Et je confirme, on tient là une perle rare. Un psychiatre américain, maniant histoire, fiction et philosophie avec une telle érudition que j'en perds mon latin. Dans ce roman, Yalom imagine une nouvelle genèse de la psychanalyse en se basant sur des personnages réels, qui auraient très bien pu vivre cette version dans un univers parallèle. C'est simple, pendant tout son récit, je n'arrêtais pas de m'interroger sur ce qui était réel et ce qui ne l'était pas.
Magnifique façon d'introduire une psychanalyse tâtonnante, à la recherche de la vérité intrinsèque des individus. Cette rencontre entre Joseph Breuer médecin viennois réputé et le philosophe Friedrich Nietzsche encore peu connu, alors atteint de multiples maladies – dont certaines probablement d'origine psychosomatique – aurait très bien pu se dérouler ainsi ! Tous les protagonistes en place ont d'ailleurs existé : Lou Salomé, Paul Rée, Richard Wagner, Anna O., Sigmund Freud...
Quel exercice de style ! Mêler ainsi éléments réels et fictifs avec une telle fluidité, une telle foison de détails, un tel culot, créer de toute pièce des situations en y ajoutant des lettres qui ont réellement été écrites par Nietzsche, c'est proprement diabolique !!
Quant aux échanges entre Breuer et Nietzsche : un médecin qui choisit d'inverser les rôles en se livrant complètement au philosophe, espérant déclencher chez ce dernier le même épanchement dans la confiance réciproque, ils sont passionnants. On assiste à un véritable débat d'idée, à une confrontation entre deux intelligences opposées : le médecin praticien très entouré à la vie extrêmement réussie d'un côté et de l'autre, le philosophe solitaire, bourrelé de douleurs et de migraines, suicidaire, s'obligeant à vivre dans un dénuement et un isolement proches de l'ascétisme, afin de se consacrer pleinement à son œuvre. Cette genèse de la cure par la parole vécue de l'intérieur via les pensées les plus intimes des personnages, offre au lecteur un roman sur la peur, l'amour, la fierté, la confiance, la trahison, l'amertume, l'amitié, et c'est profondément touchant.
Conclusion : La naissance de la psychanalyse revue et corrigée par un Irvin D. Yalom au sommet de son art. A lire absolument. Ma note : 18/20.
Pour en savoir plus :
Paru chez Le Livre de Poche / Mars 2010
505 pages
Je découvre en même temps que je rédige ce billet, que cet ouvrage a inspiré
un film sorti en 2007 : When Nietzsche wept. Si vous l'avez
vu, n'hésitez pas à partager avec nous vos commentaires.
Et pour terminer, voici la page officielle du Docteur Yalom
Commentaires
Rien que ça???!!!
Bon, malgré cet enthousiasme débridé, je n'arrive pas à être attirée.Je crois que ça me fait peur... trop intelligent. c'est bête, hein?
Je comprends parfaitement tes réticences, j'avais ce Yalom dans ma PAL depuis un moment et j'hésitais à le lire par peur d'être déçue, le précédent m'ayant énormément plu ! Et puis passées les premières lignes, l'auteur nous embarque dans son histoire. Il y a des passages plus ardus que d'autres c'est vrai, mais ils sont là pour nourrir la discussion et je ne les ai pas trouvés rebutants. Après, mon métier de psychologue joue aussi pour beaucoup sur mon appréciation, mais ça aurait pu être au contraire totalement rédhibitoire, si cela avait été mal construit. A mon sens c'est un roman vraiment brillant, mais encore une fois je comprends qu'on puisse ne pas être attiré par le sujet.