Depuis que j'ai découvert Irvin D. Yalom, avec son fabuleux roman Mensonges sur le divan, j'étais très impatiente d'en lire un autre afin de déterminer s'il s'agissait bien d'un auteur hors du commun. Et je confirme, on tient là une perle rare. Un psychiatre américain, maniant histoire, fiction et philosophie avec une telle érudition que j'en perds mon latin. Dans ce roman, Yalom imagine une nouvelle genèse de la psychanalyse en se basant sur des personnages réels, qui auraient très bien pu vivre cette version dans un univers parallèle. C'est simple, pendant tout son récit, je n'arrêtais pas de m'interroger sur ce qui était réel et ce qui ne l'était pas.


Magnifique façon d'introduire une psychanalyse tâtonnante, à la recherche de la vérité intrinsèque des individus. Cette rencontre entre Joseph Breuer médecin viennois réputé et le philosophe Friedrich Nietzsche encore peu connu, alors atteint de multiples maladies – dont certaines probablement d'origine psychosomatique – aurait très bien pu se dérouler ainsi ! Tous les protagonistes en place ont d'ailleurs existé : Lou Salomé, Paul Rée, Richard Wagner, Anna O., Sigmund Freud...


Quel exercice de style ! Mêler ainsi éléments réels et fictifs avec une telle fluidité, une telle foison de détails, un tel culot, créer de toute pièce des situations en y ajoutant des lettres qui ont réellement été écrites par Nietzsche, c'est proprement diabolique !!


Quant aux échanges entre Breuer et Nietzsche : un médecin qui choisit d'inverser les rôles en se livrant complètement au philosophe, espérant déclencher chez ce dernier le même épanchement dans la confiance réciproque, ils sont passionnants. On assiste à un véritable débat d'idée, à une confrontation entre deux intelligences opposées : le médecin praticien très entouré à la vie extrêmement réussie d'un côté et de l'autre, le philosophe solitaire, bourrelé de douleurs et de migraines, suicidaire, s'obligeant à vivre dans un dénuement et un isolement proches de l'ascétisme, afin de se consacrer pleinement à son œuvre. Cette genèse de la cure par la parole vécue de l'intérieur via les pensées les plus intimes des personnages, offre au lecteur un roman sur la peur, l'amour, la fierté, la confiance, la trahison, l'amertume, l'amitié, et c'est profondément touchant.


Conclusion : La naissance de la psychanalyse revue et corrigée par un Irvin D. Yalom au sommet de son art. A lire absolument. Ma note : 18/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Le Livre de Poche / Mars 2010

505 pages

Je découvre en même temps que je rédige ce billet, que cet ouvrage a inspiré un film sorti en 2007 : When Nietzsche wept. Si vous l'avez vu, n'hésitez pas à partager avec nous vos commentaires.

Et pour terminer, voici la page officielle du Docteur Yalom