Publié en 1900, ce roman américain sur l'ascension d'une jeune fille pourrait être transposé à notre époque tant le thème y est d'actualité. On y découvre une jeune femme pauvre, très simple, un brin naïve, qui se rend chez sa sœur aînée dans la grande ville de Chicago, avec le rêve secret de sortir de sa misérable condition. L'esprit plein d'idées romantiques sur cette nouvelle vie, la jeune Carrie l'imagine faite de beaux vêtements, de sorties au théâtre et de restaurants.


Pourtant la réalité la ramène bien vite sur terre, devant la misère et la pauvreté intellectuelle d'une sœur dont la vie de famille terne et routinière la dégoûte profondément. Incapable de travailler dans une usine, Carrie se trouve confrontée à la question de son retour chez ses parents en province, idée qui la fait frémir. Son unique alternative reste ce fantasque jeune commis, Drouet, qu'elle a rencontré dans le train à son arrivée et qui ne cesse de lui faire une cour assidue. Ainsi contrainte à choisir entre une vie de dénuement en province et son installation au cœur de Chicago avec la perspective d'une existence dorée, Carrie n'hésite guère longtemps.


Hélas, Drouet souvent absent et dont la promesse d'un mariage se fait de plus en plus lointaine, ses rêves de richesse et d'accomplissement ne font que croître. Sa rencontre avec un homme bien mis, amoureux fou, la décide à tout quitter et le suivre à New York. Pourtant là encore, la vie qu'il lui propose va la décevoir. Alors lassée des hommes, méfiante et bien décidée à ne plus compter que sur elle-même, elle se lance comme actrice de théâtre : sa grâce et sa justesse vont la mener au succès, un succès qui va lui faire comprendre que même réalisés, ses rêves ne sont qu'une idée du bonheur, en fin de compte illusoires.


Roman qui a fait scandale à sa sortie, de par le message qu'il véhicule, une femme ambitieuse qui réussit socialement en utilisant les hommes qu'elle rencontre puis en s'en démarquant, dans le cadre d'une émancipation assumée. Trahie et manipulée, la candide devient au fil de son apprentissage plus lucide et vigilante sur les autres, une méfiance qui va renforcer sa détermination à devenir quelqu'un.


Conclusion : Très beau roman d'apprentissage, d'un style narratif accrocheur, et sur un sujet parfaitement contemporain. A situer entre Au Bonheur des Dames d'Emile Zola et Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Points / Février 2010

700 pages