Étonnée de prime abord de me retrouver dans une salle de cinéma minuscule, j'ai pu constater qu'il n'y avait effectivement pas foule pour la sortie de ce film qui a pourtant fait couler beaucoup d'encre. Du moins, son réalisateur, Lars van Trier, après sa déplorable prestation au Festival de Cannes. Une mise en abîme presque suicidaire médiatiquement, à l'image de son film, même s'il est dommage de constater que les gens vont rester sur la petite phrase stupide d'un homme profondément perturbé et risquer de passer à côté de son film.


Car Melancholia est un film à voir. Incontestablement. Après le beau mais très hermétique Tree of life de Terrence Malick, j'attendais un film beau et intelligible, c'est le cas de Melancholia. Un titre évocateur puisqu'il raconte la descente aux enfers psychique d'une jeune mariée qui semble pourtant tout avoir : un jeune époux fou amoureux, la réussite professionnelle, un mariage somptueux, une famille unie. Enfin, c'est le cas pendant les toutes premières minutes du film, car peu à peu, l'image parfaite de cette jeune femme à la beauté diaphane se craquèle. On découvre alors au fil de cette pompeuse réception de mariage beaucoup d'éléments qui éclairent la personnalité complexe de Justine et montrent son sabordage. Sur un mode d'autodestruction inéluctable, le mariage va rapidement tourner au vinaigre, depuis la scène de la mère odieuse campée par Charlotte Rampling, jusqu'aux reproches du beau frère arrogant de Justine, interprété par Kiefer Sutherland, qui lui interdit d'être triste et exige d'elle d'être heureuse, cette réception lui ayant coûté les yeux de la tête...


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La seconde partie met en avant Claire, la sœur de Justine, jouée par Charlotte Gainsbourg, femme droite, aimante mais rigide. Confiante et sûre d'elle pendant la réception, on la devine angoissée par l'apparition de cette étrange planète qui s'approche de la terre. Malgré les tentatives de son époux pour la rassurer, la jeune femme va peu à peu perdre pieds. Contrairement à Justine, qui va vivre une sorte de résilience fulgurante, animée par le rapprochement de Melancholia, jusqu'à fusionner avec elle.


Outre l'histoire qui prend aux tripes, les images sont d'une beauté rare. La musique de Wagner ajoute à l'ensemble un trouble véritable, et nous plonge dans un état de stupeur et de terreur à l'unisson de cette famille qui se découvre condamnée. Film qui associe la dépression et l'apocalypse, Lars Von Trier joue sur plusieurs tableaux, la maladie psychique et la science fiction, l'onirisme et le métaphysique, pour mener le spectateur vers la confrontation avec sa propre mort. On ne peut pourtant y voir là un film catastrophe, c'est un mélange de poésie, de lyrisme et de fantasmagorie, opposant deux attitudes ancrées en chaque être humain, la lutte pour survivre et le moment où seule subsiste la résignation à mourir.


Conclusion : Film magnifique, contemplatif et bouleversant, singulier et contemporain, avec quelques moments drôles, un jeu d'acteur impeccable, beaucoup de sensibilité, une esthétique éblouissante. Vision d'artiste sur la mort et sur l'état dépressif, on peut y voir des références à Albrecht Dürer (la Mélancolie, l'Apocalypse) ainsi qu'à Edvar Munch (le Cri). A mon sens, le Film qui aurait mérité la Palme d'or. Ma note : 18/20.


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