Ce que j’aime dans les romans d’Amélie Nothomb ce n’est pas juste son style unique, ses tournures de phrases élégantes et ciselées, mais aussi le fait qu’il n’y ait quasiment rien d’écrit sur la quatrième de couverture. Souvent, les éditeurs proposent un résumé du livre qui dit tout, comme un sommaire synthétisé, au cas où les lecteurs auraient moins envie d’acheter s’ils ne savaient pas tout ça avant. Cela est peut-être vrai pour beaucoup d’auteurs, j’en doute, mais le fait est que j’apprécie beaucoup le laconisme des quatrièmes de couverture Nothombiennes.


Ce que j’aime aussi et par-dessus tout, c’est la capacité de ma belge favorite à s’essayer à tous les sujets possibles (la Japon, la Guerre, la Beauté, etc.), avec une déconcertante facilité, tout en gardant sa patte, reconnaissable entre mille, mais aussi des sujets qui lui sont chers (l’anorexie, le LSD par exemple). Ici, le roman raconte l’histoire d’un jeune magicien prodige, pris sous ses ailes par un autre magicien célèbre et admiré, mentor un peu, mais père de cœur beaucoup. Une femme, 10 ans de plus que le premier et de moins que le second, partage la vie de ce dernier. Un triangle amoureux bancal et basé sur une montagne de malentendus va naître.


Point d’autobiographie désopilante au Japon, d’aucuns s’en fâcheront, je n’en doute pas. Pourtant, le thème de l’amour trahi, motif de prédilection dans l’univers de l’auteur, permet de distiller une histoire sinon neuve, subtile et originale. On se plaît à suivre les pas d’Amélie qui nous fait l’honneur au tout début de son roman, d’une coupe de Champagne, apparition éphémère, telle Alfred Hitchcock ou Cédric Klapisch dans leurs films. Ce n’est donc pas vraiment elle qui raconte cette histoire, elle se met en scène comme spectatrice, au même titre que nous, ses lecteurs. J’aime cette proximité, pour un peu, j’aurais ouvert une bouteille de Ruinart et trinqué avec elle…


Revenons-en à notre histoire, celle d’un amour élégiaque, épicentre d’une histoire passée 20 ans auparavant entre Joe, adolescent doué pour manipuler les cartes et les objets mais fondamentalement solitaire, presque associable, Norman, un magicien accompli aussi charismatique qu’il est humble, et sa compagne Christina, drôle, réfléchie et douce, jongleuse de feu. Personnage lumineux et spectaculaire, figure féminine du roman, elle en est l’égérie mais aussi le dindon de la farce. Roman initiatique pour chaque personnage, sa construction en deux temps permet à l’auteur d’augurer une fin sans issue, mise en abyme insolite : la loyauté du père envers le fils tartufe. Œuvre œdipienne par excellence (d’où le titre), son dénouement apparaît aussi fantasque que son auteur.


Conclusion : Un très bon cru. Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Albin Michel / Août 2011

151 pages