Au-delà d’être une satire sociale et politique de l’Amérique de ces trente dernières années, Freedom est une foisonnante et impressionnante fresque familiale. On y découvre Patty Berglund, Walter son époux, Richard leur meilleur ami, Joey et Jessica leurs enfants. Sans jamais tomber dans une description linéaire et conformiste, Jonathan Franzen réussit le tour de force de raconter l’histoire de cette famille américaine à la fois ordinaire et pourtant si atypique, à travers le point de vue de chaque personnage. Le style est d’ailleurs pour beaucoup dans la réussite de ce roman, une écriture subtile et incisive, usant beaucoup d’humour noir et de dérision.


Pendant 700 pages, nous découvrons des gens à travers leur enfance, leur parcours, leurs choix de vie, leurs défauts et leurs qualités, leurs vérités et leurs mensonges. En cela, Jonathan est un véritable magicien puisqu’il nous fait vivre la saga de cette famille comme si elle était nôtre, faisant de nous ses lecteurs, partie prenante du récit. L’histoire n’est pas particulièrement originale, le point fort réside dans les caractères, dans la minutie accordée sur chaque trait de personnalité, sur la fantastique crédibilité des protagonistes, l’érosion des relations entre eux, leur besoin d’être ensemble même s’ils se haïssent. L’histoire est forte car elle hautement réaliste. On y parle des sentiments de chacun sans pour autant en faire un banal roman sentimental.


La partie consacrée à l’engrenage politique qui fait de Walter un homme qu’il n’a jamais souhaité devenir, impliqué dans de vilaines affaires de corruption, donne l’image vraie d’un homme idéaliste piégé justement par ses idéaux, brisé par son libre arbitre. Sa femme Patty, ex-basketteuse douée, est à l’opposé, constamment en compétition avec ses parents et ses sœurs, elle n’a pas d’ambition ni d’idéal autre que celui d’être mère, la meilleure mère possible. D’une grande complexité, son personnage cynique, chroniquement dépressif mais toujours d’apparence sociable fait d’elle un élément moteur de cette famille. Une structure familiale qui traverse les épreuves, les erreurs des uns et des autres, les trahisons, la médiocrité d’une époque, mais qui malgré tout, reste unie.


Conclusion : Roman, hyper réaliste, on ne peut que saluer le travail dense et brillant, malgré quelques longueurs, de Jonathan Franzen qui nous raconte l’histoire d’une famille et d’une époque, telle qu’on aimerait en lire plus souvent. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Editions de l’Olivier / Août 2011

718 pages