• Pas d’inquiétude par Brigitte GIRAUD


pas_d_inquietude.gif


Résumé : « Au lieu d’aménager la maison qu’il vient juste de faire construire, le narrateur de Pas d’inquiétude va être contraint de prendre un long congé pour rester près de son fils malade et s’installe avec lui dans un tête à tête fait de gestes et d’actes inédits chaque jour réinventés. Homme au foyer malgré lui, il s’éloigne de l’imprimerie où il travaille et de Manu, l’ami indispensable, et glisse dans une vie domestique et invisible, pendant que sa femme, récemment embauchée dans une PME, ne peut se permettre aucune absence et n’a d’autre alternative que se dévouer à son poste. Cette famille ordinaire perd petit à petit ses relations sociales et ses repères, happée par la logique de la maladie qui donne soudain un autre sens à son existence, fait voler en éclat la place de chacun, celle des parents autant que celle de Lisa, la grande sœur, et voit la vie des autres se dérouler à l’extérieur, soudain irréelle et inaccessible. Le jour où les collègues de l’imprimerie donnent chacun de leurs congés pour permettre au père de renouveler les journées qu’il consacre à Mehdi, cet élan de solidarité radical et inattendu bouleverse codes et habitudes, et se pose alors, de manière plus forte encore, la question de l’équilibre entre sphère sociale et sphère familiale. Tout finit par se nouer autour de ce nouveau temps imparti, inespéré mais qui agit comme un piège, tant il est compliqué de recevoir un tel cadeau. Dans un monde où la solidarité est loin d’être une norme, la générosité des collègues rassure autant qu’elle déstabilise, d’autant qu’ils offrent du temps et non de l’argent. Le récit tente de sonder ce que serait une vie dédiée à l’autre, aux autres, de même qu’il pose la question du don, de la dette, de la soumission et la domination, tout en interrogeant : qu’est-ce qu’être un père aujourd’hui, et qu’est-ce qu’être un couple de parents ? »


Emouvant récit sur la maladie raconté avec justesse, sans pathos, d’une écriture fluide, directe, sobre. Le style est assez visuel, les personnages attachants. Confrontée à une situation très réaliste, l’auteur traite ce sujet d’une infinie tristesse avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Certes, le thème de la maladie est assez récurrent en littérature, donc peu original, mais le ressenti de l’auteur, les émotions qu’elle fait passer, font oublier ce manque d’originalité.


Conclusion : un beau roman tendre, poignant et digne. Ma note : 15/20


Stock collection La Bleue / Août 2011
272 pages



  • Les Morues par Titiou LECOQ


les_morues.gif


Résumé : « C'est un roman qui commence comme cela : « Au début, il y a la sonnette – et la porte qui s’ouvre et se referme sans cesse. Des pas qui résonnent dans l’entrée. Et des embrassades, des « ah », des « oh ». T’es déjà arrivé ? J’croyais que tu finirais plus tard le taff. Ouais, mais finalement j’ai bien avancé. Hé, Antoine on va pas parler boulot ce soir, hein ? Ça serait de la provoc ! Un brouhaha généralisé. Des verres qui tintent. T’as apporté les bougies ? Non c’était à Ema de le faire. » Et c’est un roman qui commence aussi comme cela : « Depuis une dizaine de minutes, Ema gardait la tête obstinément levée vers la voûte. En suivant des yeux les courbes compliquées des arches gothiques de l’église, elle espérait éviter de pleurer. Mais d’une elle commençait à avoir sérieusement mal à la nuque et de deux il devenait évident qu’elle ne pourrait pas échapper aux larmes de circonstance. » C’est donc l’histoire des Morues, d’Emma et sa bande de copines, de ses amis, et, si l’on s’y arrête une minute, c’est le roman de comment on s’aime en France au début du XXIe siècle.»


Premier roman de Titiou Lecoq, les Morues dépeint d’une jolie plume stylée une galerie de portraits contemporains, des garçons et des filles de leur époque, marqués par le décès d’une des leurs. La narratrice Ema, tente de comprendre et s’investit dans une pseudo enquête policière. La jeune femme à la personnalité extravagante et fantasque, aux prises avec ses conceptions sur la liberté et la place de la femme dans le couple, va par son travail sur la disparition de cette amie, en apprendre plus long sur elle-même.


Conclusion : un roman sympathique, enlevé, rafraîchissant mais qui vire parfois au stéréotype inversé. Ma note : 14/20


Au Diable Vauvert / Août 2011
472 pages



  • Mondial Nomade par Philippe POLLET-VILLARD


Mondial_Nomade.gif


Résumé : « Jean-Charles Rem, fondateur de la chaîne de garde-meubles Mondial Nomade, vient de céder son empire pour un montant colossal. En quête de sens, il part sur les traces d'un mystérieux personnage croisé lors d'un voyage de jeunesse en Asie. Mais le monde a changé, beaucoup, énormément : les ouvriers français des entreprises délocalisées en Inde font le vélo-taxi pour survivre, leurs femmes se prostituent, les prisons sont gérées par des marques de baskets et les villes portent le nom de firmes automobiles. Au cœur de cette aventure, où l'absurde rivalise avec le tragicomique, Jean-Charles Rem, à la rencontre de sa destinée, n'est pas au bout de ses surprises.»


D’une écriture agréable, l’auteur aborde le thème de la retraite et de la rupture avec un quotidien bien rempli. La solitude, la tristesse et l’espoir donnent lieu à un besoin de renaissance, de seconde vie, plus assumée, mais où la réalité va prendre le pas sur le fantasme et sur le rêve. Malgré un sujet fort, l’intrigue peine à susciter des émotions. Le narrateur Jean Charles Rem, dans son périple vers ses souvenirs enfouis, manque de personnalité et de relief. Un personnage paumé et pathétique qui part à la recherche absurde de ses 20 ans. De même, les personnages secondaires auraient gagné en profondeur s’ils avaient plus participé à la trame du roman, ils sont tout juste esquissés.


Conclusion : Un roman prometteur au départ mais qui laisse sur sa faim. Ma note : 13/20


Flammarion / Août 2011
232 pages



  • Même les chiens par Jon MCGREGOR


meme_les_chiens.gif


Résumé : « On en a tous connu, des gens qui sont morts, mais on n’est pas bien nombreux à en avoir vu. Pensait qu’il aurait l’air de dormir ou quoi mais ça n’avait absolument rien à voir. Plutôt comme, quoi. Des mouches et des vers et des trucs qui dégoulinent par terre. Et puis l’odeur. Vous remue l’intérieur des tripes et vous remonte par la bouche pour ressortir comme ». Quand un dénommé Radcliffe, alcoolique notoire, est retrouvé mort dans son appartement, sa peau est enflée et ramollie, son regard fixe et enfoncé. Une mare huileuse de fluides s’est répandue sur le sol. Quelles sont les causes de son décès ? Comment s’est-il retrouvé seul, à court de vivres, peu après Noël, dans cette petite ville du nord de l’Angleterre ? Une enquête est ouverte. De la découverte du corps à la crémation, de la salle d’autopsie au tribunal, les témoignages se croisent et se répondent. La restitution des derniers instants du défunt passe par les voix de ses proches, tous toxicomanes à la dépendance tenace, à la souffrance physique palpable, à la mémoire vacillante, aux phrases incomplètes.»


Roman puissant et original mais difficile d’accès. L’écriture hachée, saccadée, les fins de phrases tronquées donnent un sentiment de malaise et de confusion. Le style décousu fait écho à cette histoire de toxicomanes, leur existence consacrée à pallier le manque permanent et leur solidarité les uns avec les autres. Beaucoup de détails renforcent cet effet de noirceur et de désespoir, certaines scènes sont très dures tant elles apparaissent réalistes dans l’horreur.


Conclusion : Un roman trash, ambitieux et torturé mais qui tourne par moments à l’exercice de style. Ma note : 13/20


Christian Bourgeois Editeur / Août 2011
276 pages



  • Une nuit à Reykjavik par Brina SVIT


Une_nuit_a_Reykjavik.gif


Résumé : « Belle, riche, sûre d’elle, cadre supérieur d’une grande compagnie aérienne, Lisbeth Sorel incarne la femme indépendante, fière de sa réussite sociale. Un soir à Buenos Aires, elle remarque Eduardo Ros, danseur de tango qui loue ses charmes à des dames vieillissantes. Elle le met au défi de se faire payer pour passer une nuit avec elle, à Reykjavik. Pourquoi Reykjavik ? Par pur caprice. Mais Eduardo n’est pas l’homme-objet qu’il semble être, pas plus que Lisbeth n’est la femme brillante qu’elle voudrait paraître, entre une vie sentimentale pathétique et le deuil impossible de sa soeur emportée par un cancer. Tous deux vont effectivement se retrouver, mais cette nuit de Reykjavik n’aura rien d’une nuit d’amour. Dans une quasi inversion des rôles, elle va craquer tandis qu’Eduardo se retrouve en position de la materner… Pourtant, ce pitoyable fiasco érotique va peut-être débloquer quelque chose chez Lisbeth, l’obliger à reconsidérer que quelque chose ne va pas dans sa conception de l’existence.»


Bavard, agaçant, bourré de clichés. Une héroïne prétentieuse, autocentrée et psychorigide qui part en roue libre, bercée par ses caprices et ses préjugés. Les dialogues sont insipides et jouent la familiarité, le récit tourne en rond, le drame dont il est question n’émeut pas une seule seconde.


Conclusion : Un roman affligeant par ses invraisemblances, ses contingences et ses ruminations. Ma note : 06/20


Gallimard / Août 2011
276 pages



En conclusion : Une sélection plutôt correcte avec deux lectures intéressantes, deux pas mal et une à oublier. J’en profite pour remercier la Fnac car je suis toujours ravie de participer à cette sélection. Rappelons enfin que le Prix du roman Fnac a été décerné à Delphine de Vigan pour son roman Rien ne s’oppose à la nuit.