Si de prime abord, on a l'impression d'être face à un roman sauvage un peu difficile à dompter, c'est normal, c'est voulu. Rompant les codes de la construction linéaire, Mickael Hirsch casse complètement la chronologie et les repères géographiques de son récit, brouillant ainsi les unités de temps et de lieux. Un effet de style qui déroute a priori mais qui joue un rôle dans le roman en en renforçant son propos.


Pascal Klein galeriste et marchand d'art contemporain renommé, découvre tardivement l'adoration de son père peintre, pour un tableau de Chagall qui était accroché dans sa chambre quand il était enfant. Avec la guerre, lui et sa famille avaient dû quitter leur foyer précipitamment et laisser l'essentiel de leurs biens dans un garde-meuble, le tableau inclus. A la mort de son père, Pascal se met en quête de ce tableau, non pour le récupérer au nom de sa famille spoliée, mais simplement pour le voir, l'admirer, éprouver ce que son père a ressenti pour lui. Une quête existentielle en forme d'hommage posthume à ce père artiste qu'il a tant admiré malgré leur incapacité réciproque à communiquer.


En parallèle, nous découvrons le parcours d'un homme excentrique féru d'art, Ferdinand de Sastres, qui s'est fait bâtir une demeure digne d'un Prince pour y accueillir sa monumentale collection d'œuvres d'art. Une collection de tableaux, d'objets, de sculptures, qu'il va étoffer jusqu'à sa mort, mais laisser bizarrement sous caisses, préférant le mystère de l'œuvre à l'œuvre elle-même. Le lien entre ces deux hommes d'époques différentes permettra à Pascal de remonter la piste du tableau de Chagall perdu jusqu'à Tokyo.


Raconter le roman plus avant n'a pas d'intérêt car outre l'histoire, il faut en découvrir la forme, déroutante je l'ai dit, mais au style savoureux. La maîtrise de MH pour mener le lecteur sur des sentiers inconnus, est remarquable. Que dire du dénouement ? Proprement hallucinant.


Conclusion : L'écriture est belle, le rythme et la construction fascinent, un roman très réussi. Ma note : 18/20


Pour en savoir plus :

L’Editeur / Août 2011

278 pages