Les successions par Mikaël HIRSCH
Par Valérie le mardi 27 septembre 2011, 18:20 - Roman - Lien permanent

"Pascal Klein est un brillant marchand d'art, bien que conscient que certaines des œuvres qu’il expose sont parfois plus proches de l’escroquerie intellectuelle que de la véritable création artistique. Mais sa réussite matérielle ne suffit plus au héros qui s’interroge à la fois sur l’origine de la vocation picturale de son père et sur sa propre frustration de ne pouvoir peindre comme lui… Or, les réponses à ses questions se trouvent sans doute dans la toile de Marc Chagall qui ornait la chambre paternelle lorsqu’il était enfant, avant de disparaître au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pascal part donc à la recherche de ce tableau, comme à la découverte de ses propres racines, et l'enquête sur la spoliation des biens juifs devient pour lui quête existentielle." (Note éditeur)
Si de prime abord, on a l'impression d'être face à un roman sauvage un peu difficile à dompter, c'est normal, c'est voulu. Rompant les codes de la construction linéaire, Mickael Hirsch casse complètement la chronologie et les repères géographiques de son récit, brouillant ainsi les unités de temps et de lieux. Un effet de style qui déroute a priori mais qui joue un rôle dans le roman en en renforçant son propos.
Pascal Klein galeriste et marchand d'art contemporain renommé, découvre tardivement l'adoration de son père peintre, pour un tableau de Chagall qui était accroché dans sa chambre quand il était enfant. Avec la guerre, lui et sa famille avaient dû quitter leur foyer précipitamment et laisser l'essentiel de leurs biens dans un garde-meuble, le tableau inclus. A la mort de son père, Pascal se met en quête de ce tableau, non pour le récupérer au nom de sa famille spoliée, mais simplement pour le voir, l'admirer, éprouver ce que son père a ressenti pour lui. Une quête existentielle en forme d'hommage posthume à ce père artiste qu'il a tant admiré malgré leur incapacité réciproque à communiquer.
En parallèle, nous découvrons le parcours d'un homme excentrique féru d'art, Ferdinand de Sastres, qui s'est fait bâtir une demeure digne d'un Prince pour y accueillir sa monumentale collection d'œuvres d'art. Une collection de tableaux, d'objets, de sculptures, qu'il va étoffer jusqu'à sa mort, mais laisser bizarrement sous caisses, préférant le mystère de l'œuvre à l'œuvre elle-même. Le lien entre ces deux hommes d'époques différentes permettra à Pascal de remonter la piste du tableau de Chagall perdu jusqu'à Tokyo.
Raconter le roman plus avant n'a pas d'intérêt car outre l'histoire, il faut en découvrir la forme, déroutante je l'ai dit, mais au style savoureux. La maîtrise de MH pour mener le lecteur sur des sentiers inconnus, est remarquable. Que dire du dénouement ? Proprement hallucinant.
Conclusion : L'écriture est belle, le rythme et la construction fascinent, un roman très réussi. Ma note : 18/20
Pour en savoir plus :
L’Editeur / Août 2011
278 pages
Commentaires
Déroutant, c'est vrai - mais au fond, ça colle assez bien avec l'idée d'utiliser le Japon comme décor, un pays à la fois proche, en apparence, et si lointain, dès qu'on creuse un petit peu. J'ai aussi passé, en parallèle, de bons moments avec le personnage de Sastre, qui est un excentrique qu'on peut encore comprendre en notre qualité d'Occidentaux... alors que le Japon s'avère VRAIMENT déroutant dans ce roman.
PS: afin de vous suivre, je viens de vous ajouter à ma blogroll. Je reviendrai! :-)
Le Japon joue un rôle important dans cet ouvrage, même si on y reste très peu finalement. Le dénouement y est vraiment très original ! Pour le lien, je vais faire de même à votre égard. A bientôt !
Merci beaucoup! :-)
Voila, je viens de parcourir votre blog et j'aimerais vous faire part d'un projet "littéraire" que je suis en train de monter et qui pourrait peut être vous intéresser. Je suis actuellement en master lettres modernes enseignement, et je souhaiterais créer un forum de/pour lettreux dans lequel les membres (majoritairement étudiants amateurs, passionnés, artistes ou professeurs) pourraient débattre, discuter autour des textes classiques ou ou selon eux intéressants. Il y aurait aussi une catégorie musique, cinéma, arts pour mettre en place un réseau d'intertextualité, et le résultat final pourrait être conçu comme une sorte d'encyclopédie en ligne, un peu à la Pierre Bayle, où chacun pourrait puiser des connaissances, et de l'esprit critique. Sur le papier ça sonne bien ! Mais en fait, je viens tout juste de mettre en place la première construction, et n'ont adhéré pour le moment que des adolescents, principalement en seconde, ou première L. Je ne suis évidemment pas contre l'arrivée de lycéens sur le forum, cependant ils ne peuvent pas encore hélas proposer le niveau d'analyse, de lecture, des fiches de lectures ou critiques que j'aurais souhaité. C'est pourquoi je viens vous voir, afin de savoir si vous aimeriez "m'aider" dans ce projet, dans la mesure de ce qui vous semble possible, afin de mettre en place des articles, des discussions sur le forum qui pourraient attirer davantage de personnes réellement intéressées par le monde littéraire.
Votre approche est intéressante, créer un forum pour fédérer et débattre autour de la littérature ne peut être que bénéfique. Je ne peux vous garantir ma présence de façon régulière faute de temps libre, je puis cependant y aller de façon ponctuelle au gré de mes possibilités. Je vous invite à proposer sur ce blog et sur d'autres supports de votre choix des débats thématiques. Par exemple Freedom, le dernier Jonathan Franzen, aborde le thème de l'écologie sous l'égide de la politique, c'est une base
de travail passionnante en cette période préélectorale... Bonne chance pour votre site et à bientôt !