La working girl par Sophie TALNEAU
Par Valérie le samedi 1 octobre 2011, 17:12 - Roman - Lien permanent

"- Alors c'est ici que tu travailles ? a demandé Anne-Charlotte, en examinant le bureau. - Oui. C'est joli, tu ne trouves pas ? - C'est miteux. Enfin, excuse-moi d'être aussi franche, Zoé, je peux t'appeler Zoé ?, mais, chez Beauty International, nous avions des locaux beaucoup plus spacieux avec la clim dans tous les bureaux, même ceux des secrétaires. J'imagine que vous n'avez pas de masseurs ? Zoé, c'est moi, et Anne-Charlotte, c'est ma nouvelle stagiaire qui se mêle de tout. S'il n'y avait qu'elle... Je dois aussi compter avec Eva, ma collègue peste du marketing qui me met des bâtons dans les roues, et toute une ribambelle de collaborateurs farfelus et susceptibles. Heureusement, Hugo, mon patron séduisant comme un Italien, m'aide à résister en milieu hostile. De séminaires d'intégration en pots de départ, de séances de brainstorming en salons professionnels, de la machine à café à la photocopieuse, je suis sur tous les fronts, bien décidée à m'imposer dans ce monde de brutes." (Note Editeur)
Après le plutôt réussi On vous rappellera qui mettait en scène l'auteure dans ses tribulations de chômeuse qui tente vaillamment de trouver un job, Sophie Talneau reprend sa plume pour nous parler cette fois d'une jeune femme qui ayant réussi à décrocher un poste, ne trouve pas que tout est beau dans le meilleur des mondes de l'entreprise. Un pitch a priori sympa avec un titre qui fait référence à un film de 1988 avec Harrison Ford, Mélanie Griffith et Sigourney Weaver mettant en scène une fille issue d'un milieu simple qui réussit à se hisser -après un bénéfique changement de coiffure et quelques pirouettes pour passer des baskets/métro aux escarpins/boulot de rigueur- à un poste haut placé. Un film bien sympathique.
Je m'attendais donc à un bon bouquin, lucide mais drôle. Je fus déçue. Imaginai-je que son propos serait aussi approfondi qu'il l'avait été dans son premier livre entre les entretiens d'embauche bidon, les démarches administratives sans fin et les refus hautement agaçants pour motif d'excès de diplôme ? Probablement. Hélas, il n'en fut rien.
Zoé, jeune femme diplômée de HEC décroche un emploi au service Marketing d'une grande entreprise de cosmétiques, Bella. Personnage tout droit sorti d'un roman de gare, le suivi de ses aventures dans le monde de l'entreprise frise la caricature tant elle parle comme dans une pub pour Taillefine Fizz, débordant d'une alacrité surjouée, doublée d'une certaine candeur boudeuse. Confrontée à la réalité du travail, l’héroïne nunuche ne convainc pas. L'auteur peine à faire apprécier cette jeune femme qui nous bassine rapidement avec ses anecdotes niaises, son bizutage franchement gentillet, sa collègue manipulatrice totalement stéréotypée, le patron surbooké mais beau - ça excuse tout -, le stagiaire jaloux, grand professionnel du dilettantisme, la secrétaire langue de vipère (cliché ?), la cafetière qui ne marche pas ou encore la demande d'augmentation de la bécasse qui n'a même pas un an d'ancienneté et s’étonne qu’on la lui refuse... Qu'en plus un chapitre entier soit consacré à son penchant pour le magazine Voici suscite une franche consternation.
De nombreux personnages -aux prénoms ultra tendance (Hugo, Carmen, Zoé, Tina, Eva)- apparaissent mais pour beaucoup n'ont droit qu'à un rôle minimal, ce qui est dommage : le suivi de tous les personnages et leur interaction aurait certainement permis de donner du poids à ce roman. Sous-titré Petite chronique de la vie de bureau, ce roman est construit sous forme de petites scénettes qui se veulent rigolotes, sans autre lien les unes les autres que la présence et le point de vue de la narratrice, la jeune Zoé, ce qui donne à l'ensemble un manque flagrant de cohérence. Le fait de dire les choses plutôt que les montrer accroît encore le sentiment d'un roman bâclé. Dommage, je m'attendais à mieux de cette auteure qui écrit avec fluidité et possède un potentiel d'écrivain certain, sa Working Girl ne lui rend pas justice.
Conclusion : Roman très léger, voire inconsistant et même pas drôle. Je m'attendais à un récit lucide sur le milieu de l'entreprise avec des situations rocambolesques, des personnages construits, du cynisme qui claque, ce roman n'est qu'un pur produit de Chick Litt bas niveau. Très décevant. Ma note : 06/20.
Pour en savoir plus :
Paru chez Stock / Février 2007
195 pages
Commentaires
Votre description me rappelle le ressenti que j'ai eu en lisant "Absolument dé-bor-dée" de... Zoé Shepard. Donc je passe...
Cela dit, j'aime bien les romans sur la vie de bureau (et l'administration) et conserve de bons souvenirs, par exemple de "D'un point de vue administratif" de Francis Mizio, que je vous recommande si vous aimez cet univers littéraire.
Ah, le premier est dans ma PAL, je verrai bien... Pour le second je vais voir, j'aime en effet beaucoup les romans sur l'entreprise, merci du tuyau !