Orpheline de père à 12 ans, confiée par sa mère à son oncle qui abuse d’elle, vendue à un proxénète notoire, puis femme toutes mains dans un bordel miteux, la jeune Hermine S. passe d’une vie à l’autre, sans se poser de questions. Petite provinciale sans éducation, elle s’adapte facilement à la vie fruste qui lui est offerte, consciente de l’aubaine de vivre à Paris. Son allure sérieuse lui ouvre les portes d’une promotion inattendue, concierge dans une belle résidence rue Montorgueil, au cœur du quartier des Halles. Alors autonome et libre de ses mouvements, elle s’occupe de la résidence comme si c’était la sienne. Garante des bonnes mœurs, elle bichonne les locataires, porte le courrier, sert le pot dans sa loge, est toujours à l’écoute.


Jolie jeune femme un brin naïve, sa position au cœur d’une maison bien tenue dans un quartier animé de Paris, lui apporte la confiance de tous. Son franc-parler à la syntaxe approximative, sa générosité, et son argot parisien l’ont intégrée à ce milieu, qu’elle considère comme sa famille. La seconde guerre mondiale est alors déclarée, les allemands arrivent dans Paris. Très vite, on manque de tout, de quoi se nourrir et se chauffer, de savon aussi. En sa qualité de concierge appréciée de tous, elle se voit confier les clefs de ceux qui partent. Elle est de toutes les actions pour récupérer au marché noir de la farine, du suif pour faire le savon, du charbon pour le chauffage, de la nourriture pour survivre. Peu préoccupée par les conséquences de ses actes, elle ne pense qu’à suivre le mouvement, aider si on lui demande, collaborer si c’est nécessaire.


Ballottée par sa famille, puis son mac, Hermine veut tisser des liens, bâtir un nid douillet. Influençable et candide, la jeune femme se lie d’amitié et compose avec la guerre sans toujours comprendre la portée de ses actes. La force de ce roman est de montrer l’évolution d’une femme aimable, généreuse, sensible, qui va se faire manipuler et trahir, simplement, parce qu’elle ne comprend rien à la politique et n’imagine à aucun moment que cela puisse avoir des conséquences. Elle n’est pourtant pas idiote, mais toujours en décalage, incapable de mettre les choses en perspective, elle ne vit que dans le présent et ne sait pas se projeter. Sa relation avec la belle mais manipulatrice Irène en est la démonstration, elle croit être son amie alors qu’elle n’est que son jouet, son objet de désir, puis de vengeance.


Conclusion : Un roman « parlé », qui éclaire sur l’Occupation et l’épisode des femmes tondues, on suit le parcours de cette femme drôle, bienveillante et charitable, mais inconséquente par moments, à qui l’on a envie de souffler « ne fais pas ça ! », édifiant et bouleversant. Ma note : 15/20.


Pour en savoir plus :

L’Editeur / Août 2011

281 pages

Extrait : « Nous les pauvres, les inconnus, on est ça : trois, quatre lignes dans l'état civil : né à, le ; mort le, à. Entre ces deux petits mots, il y a une vie de pauvre, une pauvre vie. »

Ouvrage lu en partenariat avec la maison d’édition L’Editeur ainsi que Les successions et la Cité interdite, un grand merci !