Les Souvenirs par David FOENKINOS
Par Valérie le vendredi 21 octobre 2011, 16:23 - Challenge blogosphère - Lien permanent

"Le narrateur, apprenti romancier, prend conscience à l’occasion du décès de son grand-père de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui. Il comprend que le seul moyen de garder l’amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manœuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu’il n’a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout. Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue… Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu’il va aimer, et qui le quittera. Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d’écrire son roman – et peut-être son avenir." (Note éditeur)
Presque plus proche d’un journal intime que d’un roman, Les Souvenirs raconte l’histoire d’un homme confronté au deuil, au divorce de ses parents, puis à son propre divorce. Chaque épisode arrive alors qu’il ne s’y attend pas, ce qui donne à son personnage un air toujours surpris, doublé d’une allure nonchalante, bohème, lunaire et immature. Tantôt chiffonné, tantôt poétique, le narrateur vit au jour le jour un quotidien tiède, personnage malléable qui transcende la bonhomie, malgré des velléités de vie conjugale ardente et frémissante.
Après La Délicatesse, David Foenkinos retrouve son style inimitable, le goût de la formule, une sensibilité à fleur de peau, la profusion d’anecdotes, les multiples digressions, les notes de bas de page, les références à des personnalités comme Kawabata ou Modiano. La dramaturgie des thèmes de la mort et de la perte n’empêche pas l’auteur de manier un certain humour, mâtiné d’autodérision. Le narrateur raconte plusieurs épisodes de sa vie et comment il les surmonte. Seul, le plus souvent. Ou avec l’aide de personnes a priori impropres à jouer ce rôle, comme le caissier d’une station-service d’autoroute sollicité à plusieurs reprises pour ses précieux conseils : on frise alors le registre de l’absurde.
Pourtant, j’ai bien aimé ce roman-journal, car j’ai trouvé qu’il sonnait vrai, le narrateur s’y dévoile et apparaît comme un homme sincère, socialement décalé, avec des préoccupations inhérentes aux événements tristes et heureux qui animent ou contrarient la vie quotidienne. Son incapacité à dire son affection pour son grand-père en train de mourir, est-ce si grave, après tout, il était auprès de lui, c’est ce qui est important il me semble, parfois on est incapable de verbaliser certaines choses, c’est humain.
Ce que j’ai moins aimé dans Les Souvenirs, c’est le côté borderline du personnage, tantôt optimiste de façon presque risible, tantôt d’un pessimisme pathologique, une instabilité dans le discours et dans les actes aussi. Sa mollesse devant l’hypocrisie de sa famille face au placement de leur mère en maison de retraite et la vente secrète de son appartement. Le narrateur revendique une certaine incompréhension de ce système, dénonce avec horreur la brutalité de la manière de "gérer" la vieillesse, mais ne dit ni ne fait beaucoup pour lutter contre. En même temps, il reconnaît une certaine forme de lâcheté, ce qui apparaît courageux paradoxalement. Les moments qui m’ont plu sont ceux où il déroge à sa règle du consensus pour aller vers des sentiers plus originaux : la scène chez le peintre, et celle dans la classe de CE2, deux moments qui aideront sa grand-mère, deux moments de générosité pure, deux instants où le côté fantasque du personnage prend le pas sur ses questionnements névrotiques.
Conclusion : Un roman sur la vie, l’amour et la perte, la vieillesse et la mort, quelques belles scènes malgré une certaine propension à osciller entre la sollicitude et l’apitoiement. Ma note : 15/20.
Pour en savoir plus :
Gallimard /
Septembre 2011
266 pages
Les Souvenirs, ouvrage lu en partenariat avec PriceMinister (que je
remercie) dans le cadre du match Rentrée littéraire des blogueurs

Commentaires
J'ai pas tellement aimé la délicatesse, contrairement à beaucoup qui l'ont trouvé top. Pour celuici je m'interroge, je pense que je le lirais peut-être quand il sortira en poche...
Lu et adoré, tu as bien cerné le personnage, complexe, plein de défauts mais touchant. Un sujet grave traité avec humanité, je pense qu'il mérite un prix !
très beau roman, émouvant, lucide, drole par moments, roman générationnel à lire
Salut Bouquineuse, je découvre ton blog, vraiment joli et bien fourni ! J'ai beaucoup entendu parler du dernier Foenkinos, n'ayant rien lu de cet auteur, j'essaie de me faire une idée de son livre. Ton billet me donne plutôt envie de le lire, mais je vais peut-etre commencer par lire la delicatesse... Je reviendrai faire un petit tour sur ton blog pour puiser des idées !
Terminé ce week-end; je l'ai trouvé bien, plutôt profond mine de rien. J'y ai trouvé une gravité qui m'a rappelé un autre très bon roman de l'auteur: "Les coeurs autonomes", que je recommande même si c'est un peu atypique.
Inspiration ou défilé de la cavalerie?
Bon, j’ai été très occupée ces derniers temps. Lorsque l’inspiration est présente, il faut la capter. J’ai toujours comparé l’inspiration à un défilé de la cavalerie qui suit son chemin. Imaginez que votre fenêtre est ouverte et que le défilé passe devant chez vous. Vous n’avez pas d’appareil photo, mais vous désirez vraiment partager ce que vous voyez avec un membre de votre famille qui sera là plus tard dans la soirée.
S’il arrive dans la soirée, alors vous aurez encore les idées claires pour lui décrire ce que vous avez vu. S’il est en retard et qu’il arrive le lendemain, vous aurez déjà oublié plusieurs détails...
... À moins de les noter!
Cette façon imagée de me représenter l’inspiration et m’a toujours aidé à me souvenir d’apporter un calepin avec moi en tout temps, afin d’y noter les précieuses petites parades qui passent (parfois rapidement) dans ma tête.
Oui, j’ai été absente du web durant un moment, c’est comme ça. Mais aujourd’hui je prends une pause pour venir voir ce qu’il y a de neuf sur votre blog. Venir visiter votre site me détend les neurones, c’est ma pause café du jour. Merci d’écrire pour nous. J’aime me tenir au courant.
L.G. M.
Salut mystérieuse LGM (le grand manitou, la garde malade, little geek mother ?) merci pour ce vote de confiance ! J'ai tout de même l'impression que votre commentaire, aussi bien tourné soit-il, recèle un sens caché ? Me trompé-je ?
INSENSIBLE ET HEUREUX
Moi, je suis un grand insensible.
D’une froideur qui tue les fleurs.
Cette indifférence générale pour tout ce qui m’entoure n’est pas une carapace chez moi, pas un artifice masquant quelque souffrance intime non. L’insensibilité c’est vraiment mon état naturel.
Je n’ai d’ailleurs jamais souffert dans ma vie. J’ai même eu une enfance extrêmement heureuse.
J’apprécie particulièrement les endroits glauques. Le béton, la friche industrielle, les quartiers sales, les taudis, les garages rouillés, les chemins déprimants, c’est mon élément. Cela dit je n’habite pas dans un squat mais dans un confortable et délicieux appartement. Par chance, depuis mon coquet refuge j’ai une vue donnant sur des toits mal famés abritant une véritable faune.
Des chats malades partagent mon existence. Je ne les fais pas soigner, je veux les voir mourir jour après jour.
Je supporte particulièrement bien la douleur : celle des autres.
Cela me rend tout à fait heureux de voir des gens tristes. En outre je m'accommode parfaitement de la médiocrité, de la bassesse, de l’imperfection. Autant chez moi que chez les autres.
Je ne suis pas du tout sentimental. Mon coeur n’est pas en or, il est fait d’un cuir rare, sec, rigide et glacé battant avec une grande régularité dans sa cage de métal.
Aucune blessure ne perturbe cette horloge d’acier qui me tient en vie. Je suis une merveilleuse machine réglée au millimètre, bien huilée, imperturbable. Les gens sensibles ne peuvent pas comprendre cela.
Ni surdoué ni sous-doué dans quelque domaine que ce soit, je me situe franchement dans la moyenne pour tous les aspects de la vie et j’aime ça !
Je n’ai pas d’amis, je déteste cela. Mon meilleur compagnon de vie, c‘est moi-même. Et je m’aime beaucoup.
Quant aux femmes, je les aime beaucoup aussi. Surtout quand elles débarrassent mon plancher (le sol de ma demeure est en ciment en fait : j’aime trop l’ambiance que dégage cette matière dure).
Opportuniste, profiteur, jouisseur, je ne suis pas du tout ce qu’on appelle un être entier. Les compromis, ça me connaît ! Je fais des concessions dès que cela m’arrange. Peu de personnes apprécient mon tempérament plein de tiédeur, mon pragmatisme, ma quête de bien-être. C’est dommage car on peut faire facilement affaire avec moi... J’ai un sens prononcé du commerce.
J’aime l’argent.
Et s’il est vrai que sur le plan affectif je n’ai rien à donner, il est tout aussi vrai qu’en ce domaine je ne veux rien recevoir des autres.
Je ne suis pas un homme de coeur mais un homme de calcul.
Ma personnalité est simple, carrée, franche, nette, sans aucune ambigüité.
Il n’y a nulle révolte en moi, pas d’idéal, je suis très satisfait de mon sort. Ma sérénité face au monde est même pointée du doigt par des imbéciles hystériques qui me taxent de monstre.
Je me sens riche de mon indépendance, fort par ces choix individualistes que les autres prennent pour des faiblesses, libre avec ce coeur qui ne bat que pour moi-même.
Raphaël Zacharie de IZARRA
Raph, je ne veux pas paraître insensible, comme votre personnage, mais vous êtes sur un blog et pas chez un éditeur. Sinon, j'ai vu que vous aviez un blog à vous, ça ne vous suffit plus ?
Chers amis lecteurs, depuis quelques temps, de braves gens s'autorisent - sous couvert d'un bel enrobage de flatterie ou simplement avec le culot propres aux narcissiques professionnels - à publier en lieu et place de commentaires, leur texte, façon peu courtoise de manier l'autopromotion. Je crie haro sur les propagandistes à deux sous !
Désormais :
La littérature je lirai, les chroniques de la Bouquineuse je commenterai, les échanges de liens je demanderai, les bonnes relations entre blogueurs je garderai. Salutations cordiales.