Au lendemain de son mariage, Ariah découvre une chambre d'hôtel vide, son mari a disparu et laissé un mot énigmatique. Entre l'angoisse de l'abandon par son mari, et la découverte de son suicide dans les chutes du Niagara, commence alors pour la jeune femme la période la plus terrible de sa vie. Elle perd un époux qu'elle connaissait à peine, homme d'église respectable, qui l'avait sortie de sa condition un peu honteuse pour l'époque de trentenaire célibataire, et elle souhaitait apprendre à l'aimer. Cette tragédie devient pour elle la preuve tangible qu'elle est une femme maudite. Pourtant, son veuvage ne dure pas, car elle rencontre Dirk Burnaby un avocat réputé, tombé fou amoureux d'elle et de son incroyable force intérieure qui tranche avec son allure fragile, et lui confère une aura si mystérieuse.


Or, depuis son second mariage avec Dirk Burnaby jusqu'à sa vie de mère, Ariah se barricade dans ses certitudes de femme meurtrie. Persuadée que son second mari finira par la délaisser lui aussi, elle multiplie les allusions sur le caractère éphémère de leur couple et insinue progressivement en lui le doute et l'amertume. A cette situation conjugale compliquée, s’ajoute le combat juridique de Dirk, scandalisé par l’empoisonnement des sols d’un quartier pauvre de la ville par de riches et influents lobbies industriels. Une catastrophe écologique qui prend des allures de combat perdu d’avance et va accélérer le court de leur vie, accréditant la thèse de la malédiction sur leur destinée.


Dans ce roman, Joyce Carol Oates dépeint la personnalité d’Ariah avec une infinie précision : son amertume, son vernis de bonnes manières et de fierté qui cache une personnalité rongée par la terreur de la perte, la confiance en soi anéantie par son premier veuvage. La rigidité de cette femme tourmentée au charme troublant est si envahissante qu'elle contamine aussi ses enfants, obligés de tenir leur rôle, régis par des obligations tacites comme celle de ne pas parler entre eux de certains sujets. Seule la présence heureuse et enthousiaste du chien Zarjo permet d'apporter à la famille une ondée de joie rafraîchissante.


Roman très abouti dans le tissage d’un drame humain, familial et social, Les Chutes marque par son écriture ciselée, son rythme singulier, son intrigue aux multiples nuances, le travail d’orfèvre de Oates dans la construction du récit et la psychologie de ses personnages qui allie grande profondeur et subtilité. Elle pose un regard lucide et noir sur l’Amérique des années 50, la corruption, la violence, les injustices sociales.


Conclusion : Un roman bouleversant, qui traduit avec une grande justesse les émotions humaines. Longtemps, le personnage névrotique et fier d’Ariah restera gravé dans mon esprit. Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Points / Août 2006

552 pages

Prix Femina étranger 2005