Il y a de cela quelques semaines, Dormeuse et moi-même échangions nos « Psychopompes », ouvrages homonymes parus à 1 an d’intervalle. Dormeuse put ainsi découvrir le très réussi thriller exotique de Dominique Maisons, et moi celui de Christian Chavassieux, avec beaucoup de plaisir je dois dire (merci ma chère Dormeuse !). D’abord, il s’agit d’un ouvrage remarquablement écrit, dans un style minutieux où chaque mot est soigneusement pesé, ciselé comme de la poésie.


L’histoire en elle-même s’installe lentement, l’auteur prenant le temps de nous présenter son narrateur, un maître de l’autodérision nommé Nathan Charon. Je note au passage les références dans le choix du prénom Nathan qui signifie « cadeau de Dieu » et celui du patronyme Charon, personnage de la mythologie grecque qui fait traverser le Styx aux âmes défuntes vers les Enfers. En l’occurrence, le personnage de Nathan Charon incarne parfaitement son nom en décidant d'éliminer des notables de sa région, personnalités qu’il juge indignes de vivre et dont la mort lui profite doublement puisqu’elle lui permet également d’étayer les nécrologies dont il est l’auteur. Ce faisant, en prenant la vie de ses victimes, il leur fait cadeau d’une hagiographie posthume des plus magnifiques, et offre par là-même à la société le bienfait de leur disparition du monde des vivants…


Au-delà de cette intrigue qui fait la part belle à l’humour noir, la mise en œuvre des meurtres, plus précisément leur manque (volontaire) de toute réflexion et de toute préparation, augure de belles surprises pour le lecteur. Juste un indice pour les amateurs du genre, une scène de meurtre complètement hallucinante … à la colle forte ; un procédé inédit de mise à mort, pourtant très original et délectable de par sa grande simplicité ! A mon avis, rien que pour ce grand moment de folie pure, ce roman vaut son pesant d’or !


Un petit extrait pour vous donner envie : « Sa prose amusante, par laquelle il exhibait son goût des truismes et des clichés, ainsi que sa méconnaissance satisfaite de la syntaxe et du vocabulaire, lui paraissaient magnifiées par une impression de qualité, sur un Arches dispendieux et rigide. Cependant, s’il fut brièvement conscient de son incompétence éditoriale, Modeste Lebecq n’en resta pas moins convaincu de son talent d’écrivain, qu’aucun de ses amis n’eut le courage de démentir, sous le prétexte discutable que « ça ne fait de mal à personne ». Et encore moins sa mère, coupable d’avoir même soutenu ce regrettable penchant. Au lendemain de sa mort, après qu’on l’ait trouvé, écrasé sous une pile de cartons effondrés, on découvrit que l’auteur préparait en secret un nouveau désastre, le chef-d’œuvre de sa vie, un énorme polar inspiré de la série X Files, où un curé et une militante cégétiste s’épaulent pour lutter contre un criminel en série qui s’avère finalement être un extraterrestre. En plus de cette intrigue originale, le cadre de l’action avait toutes les chances de séduire le public restreint et fidèle de son cercle d’amis et parents, puisque l’invasion commençait du côté de Saint-Bécaud, son village natal. »


Conclusion : Un journaliste auteur de nécrologies en manque de matière et qui décide de tuer pour en fabriquer ? Voilà le sujet de cet épatant roman noir, servi par un style cultivé et élégant et une bonne dose de cynisme ! Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Jean-Pierre Huguet Editeur, collection « Noirceurs océanes » / Avril 2010

330 pages

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Un Arches est papier en coton haut de gamme fait main, destiné à l’aquarelle et au dessin, non adapté à l’imprimante