Le Nothomb annuel est arrivé, et s’il ne s’agit pas du chef-d’œuvre tant attendu, c’est au moins un roman de bonne facture, qui remplit parfaitement sa fonction en faisant passer au lecteur un excellent moment. Ayant choisi de revisiter le conte de Barbe bleue, la romancière belge expliquait dans une interview, regretter que ce personnage haut en couleur ait été dépeint avec manichéisme : « J'ai toujours su qu'un jour j'écrirais sur Barbe-Bleue, c'est mon conte préféré, explique Amélie Nothomb. Mais la manière avec laquelle Perrault aborde cette histoire est un mauvais traitement fait à l'homme et à la femme. Il prend cette dernière pour une cruche et Barbe-Bleue n'aurait pas le droit d'avoir un secret, c'est injuste ! ».


Ici l’homme qui incarne Barbe bleue s’appelle Elemirio Nibal y Milcar, issu d’une grande famille d’Espagne, il vit au cœur de la capitale française dans un magnifique hôtel particulier. Il n’a pas eu 8 épouses, mais 8 colocataires, toutes mystérieusement disparues. Pourtant, dès qu’il publie une nouvelle annonce pour louer l’une de ses somptueuses chambres, les candidates se bousculent, et ce malgré les rumeurs -ou peut-être grâce à elles - de meurtre qui entourent ce drôle de personnage. Une seule, parmi toutes les candidates potentielles, ignore tout de ces antécédents supposés, et c’est elle qui est finalement choisie. Mais la jeune belge, Saturnine de son prénom, est bien loin de ressembler aux colocataires qui l’ont précédée, archétypes de naïveté et de convoitise.


Dynamique, intelligente mais aussi naturellement méfiante, elle enseigne depuis peu à l’école du Louvre et sait faire montre de culture et d’un esprit spirituel face à l’érudit grand d’Espagne. Comme toujours, les dialogues d’Amélie Nothomb sont écrits au cordeau et la joute verbale qui s’engage entre le quadra soupçonné d’un octuple meurtre et cette jeune femme brillante de 25 ans est le point fort du roman. Tandis que le premier s’attache à entretenir son mystérieux secret pour voir si la belle va s’y piquer comme les huit autres, la seconde s’interroge sur ce qui se cache derrière le secret en question. Un jeu du chat et de la souris qui n’est pas sans rappeler une autre joute verbale entre un homme mûr et une jeune femme perspicace (cf. Hygiène de l’assassin). A noter, l’autre personnage et non des moindres, qui occupe une place importante dans ce livre : le Champagne. Un pétillant élixir cher au cœur d’Amélie Nothomb comme de son héroïne belge, et dont la seule consigne est de ne pas prendre de champagne rosé « l’inventeur du champagne rosé a réussi le contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l’or en grenadine ».


Conclusion : Un roman tout en subtilité, porté par l’écriture épurée et sophistiquée d’Amélie Nothomb, qui joue sur la symbolique d’un conte mythique pour en récrire la morale sous un jour plus contemporain. Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Albin Michel / Août 2012

170 pages