Quand Marc Dugain décide de raconter l’histoire d’un adolescent meurtrier aux prises avec ses démons intérieurs, le résultat donne un roman noir très réussi. Maltraité par une mère qui le hait au point de le faire dormir dans une cave près de la chaudière, Al Kenner est un être pétri de souffrances psychiques. Malgré sa taille hors norme et son intelligence prodigieuse, il se construit avec des traumatismes infantiles qui vont l’empêcher toute sa vie d’éprouver des sentiments d’attachement ou de tendresse, notamment à l’égard des femmes.


De cet état de fait, il va au mieux les ignorer ou les mépriser, au pire les assassiner, à commencer par sa grand-mère, projection de la figure maternelle, qu’il va tuer froidement d’un coup de fusil dans le dos alors qu’il n’a que 15 ans. La réussite de ce roman ne réside pas dans la description froide de ces pulsions meurtrières mais dans la façon dont on arrive à s’identifier à ce personnage, grand gaillard à l’air aimable et aux dehors attachants, dont on ne peut s’empêcher de se dire que dans un autre environnement familial, il aurait certainement tourné autrement. Bien loin du stéréotype du meurtrier pervers ou du psychotique halluciné, Al Kenner apparaît comme un garçon d’une grande lucidité, dont l’absence d’affects semble directement imputable à la cruauté de sa mère à son égard.


Conscient de ce qu’il appelle ses mauvaises pensées, Al Kenner est le premier à essayer d’en comprendre les processus d’un point de vue psychiatrique. Pourtant, 5 ans après le meurtre de ses grands-parents, les experts psychiatres le déclarent inoffensifs pour la société et le laissent sortir, sans même lui garantir un emploi et un logement. Une liberté toute relative donc, d’autant plus qu’il va devoir retourner vivre auprès de cette mère qui le hait, dont il connait la toxicité mais ne peut se soustraire. Inspiré librement du parcours du tueur Ed Kemper, Marc Dugain revient sur ce personnages aux deux facettes, lequel tentera toute sa vie de lutter contre son monstre intérieur, en vain.


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Conclusion : Un roman remarquablement écrit, construit comme un polar, qui évite le piège de la linéarité dans sa façon de transposer le parcours meurtrier d’Ed Kemper. Un personnage haut en couleurs dont la singularité a d'ailleurs partiellement inspiré celui d'Hannibal Lecter. Ma note : 16/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Gallimard / Avril 2012

361 pages

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