Courte œuvre de littérature, ce roman surprend par son style minimaliste presque dépouillé, où la brutalité du propos le dispute à la douceur pudique des mots. Ce langage tout en retenue constitué pour l’essentiel de phrases courtes, de situations vécues plutôt que de scènes descriptives, ponctué de quelques dialogues, fait écho au dénuement des personnages, un frère et une sœur, Franck et Cee, dont on découvre le parcours singulier au fil des pages. Une simplicité stylistique qui permet de mettre en exergue la misère quotidienne, cette précarité de chaque instant et son pendant sociétal, la violence de fond, ce racisme sourd et indifférent de l’Amérique des années 50.


Parti faire la guerre de Corée avec deux amis d’enfance, Franck en revient seul, brisé, traumatisé, l’esprit hanté d’images de barbarie, de terreur, de honte et de souvenirs refoulés. Sans bien savoir comment, il se retrouve dans un hôpital psychiatrique, drogué, attaché, les souvenirs floutés par ses crises de violence dopées à l’alcool. Son but : retrouver sa jeune sœur, Cee dont il a appris qu’elle court un grave danger. Celle-ci, élevée par une grand-mère haineuse et tyrannique, puis trahie par un mari manipulateur et intéressé, se retrouve seule, perdue, à la recherche d’un travail, afin d’acquérir son autonomie. C’est auprès d’un docteur de bonne réputation qu’elle réussit à se faire engager comme assistante, s’exposant de nouveau sans le savoir, par naïveté, excès de confiance et cette envie de rebondir qui la caractérise, à un destin tragique.


Avec son talent de conteuse inégalable, Toni Morrison nous emmène vers des thèmes qui lui sont chers : la barbarie, la haine raciale, la discrimination des femmes, la pauvreté, l’horreur des situations ; par des chemins de traverse, sans violence, par petites touches, telle la composition d’un canevas finement tissé. On découvre alors l’ampleur des actes abjects de cruauté dont certains sont capables et la faculté d’autres, à s’en sortir coûte que coûte.


Toni-Morrison.jpg


Conclusion : Un roman poignant et dense, dont la grande simplicité d’écriture tranche avec la noirceur du propos et en accentue l’effet sur la sphère émotionnelle. Ma note : 17/20.


Pour en savoir plus :

Paru chez Christian Bourgeois Editeur / Août 2012

151 pages

Couronnée du Prix Nobel de littérature en 1993 pour l’ensemble de son œuvre et notamment connue dans le monde entier pour son roman "Beloved", la romancière américaine Toni Morrison a reçu le 29 mai dernier (à 81 ans) de Barack Obama la prestigieuse Médaille Présidentielle de la Liberté (Presidential Medal of Freedom)


tn_et_bo.jpg


Pour se procurer cet ouvrage : Price Minister ; Amazon


Livre lu en partenariat avec Price Minister et les Editions Christian Bourgeois, dans le cadre des Matches entre blogueurs de la Rentrée Littéraire 2012, je les remercie infiniment ainsi qu'Olivier pour son efficacité dans l'organisation pas simple de ce projet ! A l'année prochaine !


Matches_PM_2012.jpg